
On peut voir ces jours-ci à Landerneau dans le Finistère, une exposition intitulée Animal !? Il ne s’agit pas des plus belles cocottes en papier bretonnes. Ni des premiers prix d’ours des cavernes en pâte à modeler de l’école municipale. Non.
On peut admirer à Landerneau des toiles et dessins de Goya, Matisse, Picasso et même la fameuse araignée de Louise Bourgeois qui, nous dit le carton explicatif, fait partie d’une collection particulière new yorkaise. Et ça se passe à Landerneau. Oui je me répète, mais notre région est un tel désert culturel… Tout se passe d’habitude ailleurs, à au moins 180 € de train. Mais du 14 juin au 2 novembre 2025 à Landerneau dans le Finistère, on peut déambuler sous l’araignée de Louise Bourgeois, chose que j’en suis certaine, bien peu d’entre vous ont fait. A moins d’en avoir approché un exemplaire à Londres, Ottawa, Bilbao, Saint-Pétersbourg ou plus simplement à Paris en 2008.
Pour être tout à fait honnête, il me faut préciser qu’on doit cette exposition à la fondation Hélène et Edouard Leclerc pour la culture (soyons fous : pour la Culture !). On connaît ici mon engagement contre l’agro-alimentaire et toutes formes de consommation que les établissements Leclerc promeuvent. Mais enfin, si votre argent sert aussi à ça, eh bien tant mieux.
Venons-en à l’exposition. J’ai mis en avant quelques peintres célébrissimes mais il faut bien avouer que l’art contemporain est majoritaire. Certaines œuvres sont même très récentes. On y voit des téléphones portables qui font défiler des mèmes Instagram qui reproduisent des tableaux célèbres où des animaux remplacent les humains.
L’exposition accueille le visiteur avec Combat d’animaux d’Alexandre-François Desportes pour nous renvoyer au concept habituel d’animalité violente. Tout le reste nous propose de le remettre en cause. Car l’homme est un animal et savoir où se situe la frontière entre ceux qu’on désigne comme des animaux et nous humains est difficile. Si l’on prend les caractéristiques séparément, elles ne valent rien (communiquer, réfléchir, fabriquer, être triste…), si ce n’est peut-être avoir conscience de sa fin. Les animaux bien sûr n’ont pas le privilège de la violence.
Animal !? est une invitation à réfléchir sur cette frontière. À nous remémorer les artistes qui ont fait ce cheminement avant nous. Y compris dans la culture populaire comme avec L’enfant sauvage de François Truffaut ou Peau d’Âne de Jacques Demy.
Il est question de frontière aussi à travers la mythologie quand Zeus prend des formes animales afin de séduire des femmes. Ou à travers les monstres hybrides que sont les centaures ou le minotaure. Mais beaucoup plus récemment, les zoos humains ont rejoué cette mouvante frontière entre humains et animaux.
On aborde aussi la métamorphose, la symbiose… L’animal inspire l’artiste car il intrigue, effraie, émeut, trouble, étonne. Et ceci depuis que dans ses cavernes, les Préhistoriques ont commencé à s’adonner au dessin. Les animaux sont partout autour de nous donc partout dans l’art. Les familiers sans doute plus présents alors que nous éradiquons les plus sauvages.
L’exposition est très hétéroclite et brasse très large. Si elle permet de réfléchir à nos relations avec les animaux, il est un thème qui n’est pas abordé : la souffrance animale. Sans doute évidemment parce qu’elle n’est pas un sujet artistique. Elle est pourtant le lot des milliards d’animaux que nous exploitons chaque année. Car notre relation principale avec le genre animal est l’exploitation. L’art pourrait nous le faire oublier.
On peut voir quelques-unes des oeuvres exposées sur le blog de Michel-Edouard Leclerc.
Animal !?
Exposition du 14 juin au 2 novembre 2025
Aux Capucins – Landerneau
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