Ils sont elles de Catherine Sauvat

Ils sont elles. Tout est dans le titre qu’un sous-titre précise encore : histoires extraordinaires d’écrivaines qui ont choisi des noms d’hommes. Sans doute l’adjectif « extraordinaires » sert-il à appâter le client. Car comme l’explique Catherine Sauvat, qu’une femme prenne un pseudonyme masculin pour être publiée est bien plus la norme que l’exception.

Bien sûr, il y a Christine de Pizan qui porte haut les revendications des femmes à la fin du Moyen Âge. Et puis Louise Labé (si elle a bien existé) et… et qui ? Elles sont peu nombreuses ces auteures qui durant l’Ancien Régime ont gardé leur prénom de naissance. Alors que dès le 17e siècle les salons tenus par des femmes sont les endroits où l’on cause, la publication est un défi pour elles. Ça s’arrange au siècle suivant, quand ces messieurs accèdent à la lumière, et que quelques aristocrates publient leurs textes. Sans en faire profession bien sûr, ce serait une insulte à leur rang : gagner de l’argent, quelle horreur !

L’histoire littéraire se souvient encore de Melle de Scudéry et de Mme de Lafayette qui à l’époque n’ont pas publié sous leur nom. Impensable. Quelle fortune aujourd’hui ? Sans doute Clélie et ses 1 700 pages sont-elles trop le reflet d’une époque et de ses codes. Par contre, la finesse psychologique de La princesse de Clèves n’en finit pas de nous charmer.

Au 18e et 19e siècles, il faut un nom masculin pour espérer publier. Qu’un nom féminin s’affiche sur la couverture et c’est le flop assuré. Ces messieurs les critiquent ne l’ouvriront même pas.

Il est question dans Ils sont elles de Jane Austen, Mary Shelley, George Sand, les sœurs Brontë (devenues frères Bell pour publier), George Eliot, Collette pour les plus célèbres. Mais aussi de Rachilde et Katharine Burdekin qui sortent de l’ombre. Beaucoup d’autres auteures sont à découvrir, même s’il peut être complexe de se procurer leurs œuvres. Connaissez-vous Jeanne Ninous (pas moins de trois pseudonymes), Alice Fleury, Marie-Amélie Chartroule de Montifaud (plusieurs fois condamnée pour obcénité) ?

Ces femmes publiant sous pseudonymes masculins doivent rester discrètes sous peine d’éventer leur secret. Certains de leurs ouvrages obtiennent de bonnes critiques à leur sortie… qui tournent à l’aigre si par malheur on apprend leur identité. Le mérite est genré, bien peu de critiques et d’écrivains échappent à ce travers. Ils sont même l’exception. On soulignera à l’inverse la grande ouverture d’esprit de Maupassant.

Au 19e siècle, une auteure doit

ménager les susceptibilités, ne pas trancher ou choquer par leur conduite, bref, ne jamais menacer l’ordre établi.

Heureusement, certaines bravent toutes les censures… ce qui ne leur facilite pas la vie. George Sand est bien sûr l’exemple le plus célèbre de ces auteures traînées dans la boue parce que femmes.

Certaines critiques ont d’ailleurs la vie dure. On reproche à Mary Shelley d’avoir élaboré des monstruosités tout à fait indignes d’une femme. Qu’une auteure écrive des contes ou des romans sentimentaux passe encore, mais qu’elle imagine une créature immonde faite de morceaux de cadavres, non ! C’est la même critique qu’on adresse aujourd’hui encore aux auteures de polars très sanglants : comment une si charmante jeune femme peut-elle écrire de telles horreurs ?! Ah, si ces messieurs savaient ce qui se passe dans le cerveau d’une femme…

On a parfois l’impression d’un catalogue en lisant cet ouvrage. Il a cependant le mérite de fournir des exemples concrets d’invisibilisation et de nous proposer de (re)découvrir quelques plumes sombrées dans l’oubli.

 

Ils sont elles. Histoires extraordinaires d’écrivaines qui ont choisi des noms d’hommes.

Catherine Sauvat
Flammarion, 2024
ISBN : 978-2-0804-3782-2 – 317 pages – 21 €

 

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30 réponses à « Ils sont elles de Catherine Sauvat »

  1. bulledemanouec671473c7
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