A l’ombre de Winnicott de Christian Niemiec et Ludovic Manchette

Nous sommes en 1934 à Winnicott Hall, vaste manoir familial du Sussex dans lequel Archie et Lucille Montgomery et leur fils de neuf ans, George, viennent d’emménager. Le petit garçon est aveugle de naissance. Tout commence lorsque Viviane Lombard, une Française, se présente pour postuler au poste de préceptrice. Peu sophistiquée, elle ne plaît pas à Lucille contrainte de l’engager faute de postulantes. Son franc-parler et ses manières directes plaisent en revanche beaucoup à son élève qui se révèle précoce et très intelligent.

Viviane et George s’apprivoisent peu à peu, jusqu’à l’affection réciproque, et c’est sans doute l’aspect le plus intéressant de ce roman. Viviane permet au jeune garçon de s’épanouir, d’échapper à la surprotection de sa mère et de prendre confiance en lui. On suit également Lucille, anxieuse maladive qui essaie de jouer les grandes dames aux yeux de ses voisines, Archie, archéologue souvent absent car il fait des fouilles en Irak et les domestiques qui donnent vie à la maisonnée. Ceux-ci sont plutôt bien croqués dans leurs rapports les uns avec les autres ainsi que dans leurs relations avec les Montgomery. Le majordome Mr Talbot est une réussite 100 % british.

Tous prennent peu à peu conscience qu’il se passe des choses anormales à Winnicott Hall. Des tableaux qui se balancent tout seuls, des lustres qui tombent, des apparitions d’étrangers vêtus comme dans les siècles passés. Les deux auteurs ne lésinent pas sur les clichés de la maison hantée, sans doute destinés à faire sourire le lecteur tant ils sont appuyés. Mais A l’ombre de Winnicott n’en est pas pour autant une parodie, plutôt un hommage aux classiques du genre.

Les phénomènes surnaturels effraient les habitants, comme il se doit, sauf George qui ne voit pas et devient ami avec un petit garçon qui, comprend-on, est mort depuis longtemps. Lui qui est si seul, c’est une aubaine. Mais tout ça tape sur les nerfs de Lucille, au bord de l’hystérie.

And so what ? pourrait-on dire pour rester inutilement dans le ton. Eh bien c’est à peu près tout et c’est un peu long car répétitif.

S’il n’y avait les rapports de George et Viviane, je n’aurais sans doute pas écouté A l’ombre de Winnicott jusqu’au bout. Les meubles se déplacent, des fantômes apparaissent mais il n’y a pas de montée en tension ni de véritable suspens. Il n’y a pas d’enjeu dans ce roman. A-t-on envie de savoir pourquoi la maison est hantée et par qui ? À peine. Et tant mieux car l’explication est expéditive. J’ai trouvé l’épilogue très mièvre.

Pourquoi le Sussex ? Pourquoi 1934 ? On ne sait pas vraiment. Et au final, pourquoi le thème de la maison hantée ? À quoi sert-il et que veulent dire les auteurs ? Ils ne cherchent pas du tout à faire peur, n’installent aucun suspens ni sentiment d’étrangeté. Ce qui semble les intéresser le plus est la vie du petit garçon aveugle, étouffé par l’amour de sa mère, délaissé par un père absent et maladroit dans l’expression de ses sentiments. Pour ce qui est des lieux hantés par des fantômes du passé, rien de bien convaincant.

Je découvre le duo Christian Niemiec et Ludovic Manchette qui ont dû avoir beaucoup de succès avec leur roman précédent, Alabama 1963, dont le titre est plus visible sur l’affreuse couverture que celui dont il s’agit ici.

J’ai audiolu ce roman lu par François Delaive qui interprète avec dynamisme les différents personnages.

 

A l’ombre de Winnicott

Christian Niemiec et Ludovic Manchette
Le Cherche midi, 2024
ISBN : 978-2-7491-7992-6 – 496 pages – 22,50 €

 

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28 réponses à « A l’ombre de Winnicott de Christian Niemiec et Ludovic Manchette »

  1. keisha41
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