
Histoire étrange, pas facile à résumer. Le narrateur est écrivain : il raconte l’histoire de deux camarades de lycée à la fin des années 50, passionnés par la magie. L’un, Tom Flanagan, se prend d’amitié pour Del Nightingale qui fait des tours avec des cartes et qui sait tout sur la magie et les grands magiciens. Son oncle, Coleman Collins est lui-même magicien et les invite à passer l’été chez lui, à Shadowland. Alors que Del se croyait l’héritier de son oncle, c’est Tom qui va prendre de l’importance aux yeux de cet homme étrange qui cherche à qui transmettre ses connaissances.
La rivalité s’installe entre les deux garçons, attisée par une jeune fille au moins aussi énigmatique que l’oncle : Rose. Est-elle amoureuse de Tom comme elle le lui dit ou n’est-elle que la créature de Collins, docile et manipulée ? Pour apprendre à maîtriser ses dons exceptionnels pour la magie, Tom va devoir entendre, voir et supporter des choses qu’il aurait préféré ignorer. Pourtant, à Shadowland, il n’est jamais sûr de vivre ce qu’il vit, d’être là où il est. Le temps perd sa mesure, la raison ses limites… Et le lecteur le fil de cette histoire…
Dans une longue première partie, le narrateur met en scène les jeunes gens de sa classe dans un lycée américain. Amitiés, conflits : le lot traditionnel de toutes les écoles sauf que Tom et Del voudraient devenir magiciens, que celui-ci vit dans un luxe inouï et que rode autour d’eux l’inquiétant Squelette Ridpath qui serait plutôt du côté de la magie noire. Pourquoi 180 pages languissantes pour ne plus parler ensuite de l’école où l’on apprend tout sauf la magie ? Je ne sais car l’histoire commence vraiment quand Tom et Del arrivent à Shadowland. C’est là que Tom va comprendre tout ce qu’il va devoir sacrifier et supporter s’il veut devenir magicien. Cruauté, haine et manipulation sont les maîtres mots de Coleman Collins qui a trouvé en Tom son successeur. Il explique aux deux jeunes gens de plus en plus épouvantés comment la magie a fait sa fortune et pourquoi il a tantôt tué, tantôt sauvé des vies pour préserver la sienne et se hisser au firmament des magiciens. Mais effrayés par sa folie, les jeunes gens veulent s’enfuir.
Le récit que fait Collins de son ascension dans sa maîtrise de la magie est très intéressant car il explique son parcours psychologique et donc sa folie. Mais j’ai trouvé le reste extrêmement confus, sans fil narratif auquel s’accrocher. Effet voulu très certainement puisque le but de Collins est de faire perdre à Tom tous ses repères. Le problème est qu’il y a un narrateur (qui est-il d’ailleurs, comment sait-il tout ce qu’il raconte, ça aussi ça n’est pas clair) qui devrait nous dépatouiller cette histoire. L’existence ou non des personnages secondaires n’est pas toujours claire, et au lieu de créer une ambiance mystérieuse, ce flou contribue, à mon avis, à la confusion du lecteur. Je me suis perdue dans Shadowland.
Shadowland
Peter Straub traduit de l’américain par Jean-Paul Martin
Librairie Générale Française (Le Livre de Poche n°27030), juin 2007
573 pages, 7,50 €
Shadowland, parution originale : 1980