J'ai toujours rêvé d'être un gangster de Samuel Benchetrit

Autant le dire tout de suite : je ne suis pas bon public. Depuis que Raymond Devos est mort, il n’y a plus de comique pour me faire rire, la bande-annonce du dernier Astérix me ferait plutôt pleurer (Alain Delon a-t-il à ce point besoin d’argent ?). Et les Ch’tis, je n’ai même pas essayé, ça n’est pas la peine. J’ai donc essayé de ma soigner avec J’ai toujours rêvé d’être un gangster de Samuel Benchetrit.

Je peux donc affirmer sans l’ombre d’un doute que ça faisait une éternité que je n’avais pas tant ri au cinéma. Il faut dire que la bande-annonce m’avait déjà mis la puce à l’oreille. Tout comme le premier volume de l’autobiographie du réalisateur, qui est aussi écrivain à ses heures. L’affiche par contre me laisse sceptique vu qu’il n’y a pas le moindre bébé ni l’ombre d’un sein dans ce film…

Benchetrit bouscule nos habitudes cinématographiques. D’abord avec un noir et blanc superbe qui nous met tout de suite dans l’ambiance d’hier (voire avant-hier), quand la couleur était surtout américaine. Ça commence par un type (Edouard Baer) qui sort d’une bagnole minable avec un collant sur la tête. Un vrai collant (les deux jambes se baladent et lui font deux oreilles) bien opaque. Tellement opaque que le malheureux ne voit pas l’unique poteau du parking qu’il traverse et se le prend en pleine poire, comme dans les films muets d’avant-avant-hier. Et là bien sûr, je commence à rigoler (après trois minutes de film).

D’autant plus que le type, furax, enlève son collant, le balance dans sa bagnole, ferme la porte avec les clés à l’intérieur, et va quand même braquer la cafétéria qui se trouve là. Le problème c’est qu’il n’a pas de flingue, alors il met la main dans sa poche et fait comme si… Autre problème : la serveuse (Anna Mouglalis, yeux noirs, voix grave : elle est belle) n’a pas peur. Elle fait semblant de ne pas le voir. C’est qu’elle, on le saura plus tard, a son flingue à lui, mais ce serait trop long à expliquer.

C’est, rapidement, le début du premier sketch (« Drew Barrymore fait penser à un hamburger ») de ce film épatant qui en compte quatre plus un épilogue. Les quatre histoires finissent par se rejoindre. La seconde est à mon avis la meilleure. Deux types (Bouli Lanners et Serge Larivière), aussi violents et organisés que Laurel et Hardy, enlèvent une gosse de riches (Selma El Mouissi). Ils demandent une rançon à son père. Problème : l’adolescente en question est suicidaire et ils vont devoir veiller sur elle. Ils se disputent comme un vieux couple à propos de boîtes de corn flakes et de jeux de cartes. Ils ont faux sur toute la ligne côté kidnapping, mais trouvent les mots justes avec la jeune fille. Ces types qui se baladent avec un zèbre en peluche sur le parking de la cafétéria de tout à l’heure sont drôles et attendrissants.

Bashung et Arno qui sont à l’inverse beaucoup plus connus, sont les héros du troisième sketch. C’est le moins réussi à mon avis, même si tous deux sont superbement filmés.

Les papys flingueurs (Jean Rochefort, Laurent Terzieff, Jean-Pierre Kalfon, Venantino Venantini et Roger Dumas), c’est pour le dernier opus, très drôle. Il fait revivre à lui tout seul un pan entier du cinéma français. Ces septuagénaires repris par l’envie de braquer sont épatants, émouvants aussi. Les dialogues sont parfois à la hauteur d’un Audiard, surtout chez Jean Rochefort, formidable en accro de la chlorophylle :

J’suis obligé d’aller au Castorama au rayon jardinage pour avoir un peu de verdure !

Les gueules des papis qui mettent une paire de lunettes (voire deux !) pour lire le menu sont vraiment très bien filmées. Benchetrit les aime ses acteurs, et ça se sent.

Les beaux rêves de tous ces losers se terminent dans cette cafétéria de la nationale 17, aussi gaie qu’un blockhaus. Mais ils ont tous gardé une part de rêves, une part d’ailleurs qui participe à l’ambiance décalée de ce film vraiment pas comme les autres.

C’est beau, drôle, intelligent. On pense bien sûr à des films cultes du cinéma de papa : Les tontons flingueurs, Buffet froid… Au cinéma burlesque de Keaton et Chaplin (Benchetrit ose même un petit film muet avec accélérés et dialogues en placards). Et à certainement à bien d’autres films que je n’ai pas vus ou reconnus, mais ça n’est pas grave. Emmenez-y votre ado que ne connaît que les films américains de la dernière décennie, je gage qu’il rira aussi.

Mais dépêchez-vous ! Dans la grande ville où je vais au cinéma, le Cap Ciné propose cette semaine 31 séances de Ch’tis. Et voilà que le cinéma Art & Essais s’y met aussi cette semaine avec dix-huit séances ! Vive la diversité culturelle française !

Samuel Benchetrit sur Tête de lecture

 

J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Samuel Benchetrit (2008)
Avec Edouard Baer, Anna Mouglalis, Bashung, Arno, Jean Rochefort…
Durée : 1h 48 – Sortie nationale : 26 mars 2008







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