L'enfant de cristal de Theodore Roszak

Je suis ce que l’on pourrait appeler une fan de Theodore Roszak. Depuis La conspiration des ténèbres, je me fais une fête d’ouvrir chacun de ses nouveaux livres et un grand plaisir de les lire. Il va donc me falloir trouver les mots exacts pour exprimer clairement ma perplexité devant celui-là. Il est vraiment particulier et si ce n’était pas Roszak, j’aurais arrêté avant la fin.

Julia Stein est gérontologue. Depuis des années, elle se bat pour allonger de quelques années, de quelques mois parfois, la vie de ses vieux patients. Un jour, elle se voit confier Aaron Lacey, atteint de progeria, maladie génétique rare dite du vieillissement prématuré. A neuf ans, Aaron a l’air d’un vieillard et n’a que quelques courtes années devant lui. Julia s’attache immédiatement à lui et décide de le stimuler intellectuellement pour combattre la dégénérescence de ses neurones.

L’enfant tombe inopinément dans le coma et à son réveil, il est un autre homme. « Homme » est bien le mot qui convient car si Aaron conserve son corps d’enfant, son cerveau, ses connaissances et ses capacités intellectuelles font très rapidement de lui un être à part. Son physique n’est pas en reste car « il était loin d’être ordinaire. Il était devenu la perfection même, une véritable œuvre d’art« . Une beauté inouïe à laquelle Julia Stein va succomber alors que l’âge légal d’Aaron est de onze ans. Surprise en pleine action par son propre fils, elle va être jugée pour pédophilie. De son côté Aaron, qui ne supporte plus que ses parents le traitent comme un enfant dont il a l’apparence, disparaît et trouve refuge chez Peter Deleon, charlatan richissime qui prône la méthode immortaliste de l’éternelle jeunesse.

La réflexion de Julia et d’Aaron sur la vieillesse, le temps, et la beauté passe par les mythes (Cronos, Adonis, Narcisse..) sans pour autant figer de réponse. On comprend que dans sa lutte contre le temps, Aaron n’est pas revenu en arrière mais qu’il est passé au-delà de la vieillesse pour devenir un homme nouveau, une sorte de plus qu’humain à la manière de Sturgeon.

Et si l’âge adulte n’était pas le stade ultime de la vie ? Comme considérerions-nous quelqu’un qui est allé au-delà de l’âge adulte pour accéder à un autre stade ?

Comme un dieu ou un monstre… Il est monstrueux à sa façon, d’une façon que personne ne peut comprendre, comme personne ne peut comprendre comment Julia a pu passer à l’acte sexuel avec lui. Même s’il « concentre l’amour comme l’or concentre la valeur« , il est un mystère que je n’ai pas su franchir. Trop de choses m’ont mise mal à l’aise dans ce roman dès le début, et pour moi, même la fin n’a pas de sens. Je suis donc déçue bien sûr de ne pas avoir compris ce Roszak-là, d’être restée à côté d’une réflexion évidemment décalée mais réfléchie sur la vieillesse.

Theodore Roszak sur Tête de lecture

 

L’enfant de cristal

Theodore Roszak traduit de l’anglais (américain) par Edith Ochs
Le Cherche Midi, février 2008
527 pages, 22€

The Crystal Child, parution originale : 2007







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