Shutter Island de Martin Scorsese

Après des mois d’attente, de crainte et d’espoir, malgré Scorsese aux commandes, voici enfin l’adaptation du roman de Dennis Lehane. Un immense roman à mes yeux, un de ceux que j’ai lus plusieurs fois, avec toujours autant d’admiration pour la maîtrise narrative. Autant dire qu’au niveau du scénario, c’était du tout cuit, il n’y avait qu’à suivre le maître.

J’ai du mal à parler de ce film comme d’un film. J’ai lu ici et là que Martin Scorsese signait un film sur l’aliénation. Mais non : il adapte un livre de Lehane sur l’aliénation. Ce vertigineux jeu sur la folie, c’est à l’écrivain qu’on le doit, on peut juste constater que Scorsese l’a brillamment adapté, laissant de côté quelques scènes, comme une tentative de prendre le ferry pour fuir l’île si mes souvenirs sont bons, et, m’a-t-il semblé, un accent très net porté sur le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale.

C’est d’ailleurs à travers les souvenirs de guerre du G.I.’s Daniels que Scorsese nous offre les plus belles images du film, esthétiquement parlant. Elles sont pourtant paradoxalement horribles, filmant les morts des camps entassés ou vomis des wagons, avec en particulier l’image lancinante d’une petite fille morte enlaçant le cadavre de sa mère. La scène de l’officier allemand suicidé, toute aussi rémanente, porte en elle la même violente beauté de la mort et du choc émotionnel qui blesse pour toujours le jeune soldat.

Côté scénario, la grande question était : Scorsese va-t-il prendre parti, va-t-il faire de Teddy Daniels un fou ou un homme manipulé. Si la toute dernière scène fait pencher la balance du côté de l’indécision, ….

Attention spoilers

Si la toute dernière scène fait pencher la balance du côté de l’indécision, mettre en scène la mort des enfants et le meurtre de sa femme entraine définitivement le spectateur du côté de la folie. Si Teddy Daniels revoit cette scène, c’est qu’il l’a vécue et qu’il est donc effectivement fou. Sauf à penser qu’il a tellement pris de médocs qu’il est prêt à halluciner sur commande…

J’ai toujours été partisan de la thèse de la manipulation. Et donc oui, on se livre sur Shutter Island à des expériences humaines, oui Teddy Daniels a été drogué, il n’est pas fou et sa femme est morte dans un incendie, il n’a jamais eu d’enfants…etc. Ce qui fait de lui un vrai héros, une victime. La seule chose qui ne colle pas (sinon, j’ai réponse à tout, vous pouvez y aller !), c’est que dans ce cas, le pyromane qu’il traque à Shutter Island, Andrew Laeddis, porte un nom qui est l’exacte anagramme du sien (Edward Daniels), et sa femme porte elle un nom qui est l’exacte anagramme de celui de la femme qui a disparu de l’hôpital psychiatrique et qu’en tant que marshal il est chargé de retrouver… ça fait énorme comme hasard…

Il faut bien avouer que la thèse de la folie est très séduisante elle aussi et que l’idée d’un immense jeu de rôle dans lequel tout le personnel est impliqué est vraiment gonflée. Elle fait de ce médecin chauve  (Ben Kingsley) un héros de la psychiatrie moderne, un type qui se bat pour qu’on arrête de charcuter les cinglés, pour qu’on les écoute et qu’on les traite dignement. Séduisant aussi, très séduisant…

Fin des spoilers

Les gens étaient très indécis à la sortie de la séance, certains reprochant même au réalisateur de ne pas donner de réponse claire. Eh oui, bien sûr, nous n’avons pas affaire à un polar confortable où le méchant est puni à la fin et le mystère éclairci. Ici tout reste opaque et c’est un tour de force à saluer qu’un roman qui maîtrise du début à la fin deux interprétations possibles d’une histoire.

Alors que je craignais le pire (sans jamais avoir vu un de ses films…), j’ai beaucoup apprécié l’interprétation de Leonardo DiCaprio qui a exactement l’âge du rôle et a définitivement abandonné tout angélisme. Il est toujours présent à l’écran, tout à fait crédible. Tellement concerné par le rôle qu’on se demande finalement qui aurait pu faire mieux…

Comme le livre, le film ne plaira qu’à ceux qui ont envie de se creuser les méninges, de comprendre comment une telle histoire et son contraire peuvent tenir debout, à ceux qui aiment les histoires de fous et les ambiances oppressantes. C’est très bien fait, une belle adaptation, mais n’oubliez pas : lisez Shutter Island.

 

 
Shutter Island de Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio (Teddy Daniels), Mark Ruffalo (Chuck Aule), Ben Kingsley (le docteur Cawley), Michelle Williams (Dolores)…
Sortie nationale : 24 février 2010 – durée : 2h 17





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