When You're Strange de Tom DiCillo

On sait beaucoup de choses sur les Doors, et en particulier sur son chanteur, aussi angélique que diabolique, Jim Morrison. Mais des images comme celles de ce documentaire, on n’en avait jamais vu. En effet, Tom DiCillo a bénéficié pour When You’re Strange d’images d’archives personnelles, tournées par des amis du groupe et restées inédites. Elles retracent leurs quelques cinquante mois d’activité (1965 – 1971), racontés par Johnny Depp (d’une voix quelque peu monocorde et omniprésente). Si la narration chronologique est sans surprise, elle est pourtant captivante grâce à ces superbes images.

Fils de militaire, Jim Morrison n’était pas destiné à la musique, d’ailleurs il n’y connait rien, il ne saura jamais lire une partition. Il commence avec ses trois compères comme beaucoup, par des petits concerts dans des lieux improbables, mais avec quelle chanson : « Light my Fire » ! Le succès arrive donc très vite et la chute aussi, parce que Jim Morrison touche à toutes les drogues : « You can’t burn out when you’re not on fire », déclare-t-il. Il devient rapidement imprévisible, incontrôlable, puis incapable de chanter sur scène où il s’écroule parfois. Mais les autres font comme si… « No one talks about the elephant in the room« … Entouré de fans survoltés et hystériques, les concerts, parfois improvisés dans des lieux qui ne sont pas faits pour ça, tournent à l’apocalypse. Jim Morrison semble en transe, au bord de la rupture. Le scandale s’en mêle rapidement, il y a plus de flics sur scène que de musiciens, jusqu’au passage à tabac et l’arrestation en plein concert pour obscénité. L’Amérique conservatrice est là qui veille, parallèlement au développement du mouvement hippie.

Car When You’re Strange met très habilement en scène le contexte politique et social du groupe, l’Amérique des années 60, le Vietnam, la contre-culture. Et les Doors sont là, avec Jim qui veut vivre, faire bouger, donner à réfléchir, choquer pour exister. »Father – Yes son ? – I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long… » La grande tournée américaine des Doors finit par être annulée, l’Amérique n’est pas prête à entendre ça.


Now you should try this little game
Just close your eyes forget your name
Forget the world forget the people
And we’ll erect a different steeple
This little game is fun to do
Just close your eyes no way to lose
And I’m right there I’m going too
Release control we’re breaking thru
Way back deep into the brain
Back where there’s never any pain

Les magnifiques images de concerts, d’enregistrements, de vacances, (très peu d’interviews) montrent une métamorphose rapide : de jeune homme angélique, timide, tournant le dos au public à ses débuts, il se transforme en barbu bedonnant, accablé par sa condamnation aux travaux forcés, ruiné par les drogues et ensuite l’alcool. Il ne contrôle plus rien, il ne peut parfois plus chanter sur scène, des spectateurs sont blessés, d’autres choqués. Les autres membres du groupe (Robby Krieger, Ray Manzarek, John Densmore) le tiennent à bout de bras, toujours solidaires.

Le documentaire est entrecoupé d’un film de fiction An American Pastoral tourné avec Jim Morrison (barbu) en 1969 : long road movie, le chanteur arpente les routes désertiques des États-Unis, comme à la recherche d’un éden ou d’une fin. Je n’ai pas été convaincue par ces extraits, qui coupent la dynamique du documentaire.

On comprend également que la poésie tenait beaucoup de place dans la vie de Jim Morrison, qu’il a toujours écrit, surtout quand il a décidé de ne plus chanter.

Unique problème de ce genre de film, le même que Shine A Light, film de Martin Scorsese sur les Stones : la musique est bien heureusement omniprésente mais le spectateur est assis dans une salle de cinéma…

When You’re Strange

Tom DiCillo
Sortie nationale : 9 juin 2010 – Durée : 1 h 25





33 réponses à « When You’re Strange de Tom DiCillo »

    1. Sandrine
  1. Manu
    1. Sandrine
  2. La Ruelle bleue
    1. Sandrine
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    1. Sandrine
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  3. Alex-Mot-a-Mots
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    1. Sandrine
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    1. Sandrine
  7. le Bison


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