Dans les coulisses du musée de Kate Atkinson

Pour un tas de bonnes raisons, j’aurais aimé apprécier Dans les coulisses du musée. Parce que c’est un cadeau, parce que l’auteur est écossaise et que je crois n’avoir lu que du bien à son propos. Mais rien à faire, je n’ai malheureusement pas été sensible à l’humour de Kate Atkinson et j’en suis la première déçue.

Ruby Lennox est la narratrice de cette saga familiale, et ce dès le jour même de sa conception. Devenue adulte, elle raconte ce que furent son enfance et son adolescente au sein d’une famille du Yorkshire comme on espère qu’il n’y en a plus beaucoup. Pendant toutes ces années, Ruby se sentira rejetée, à l’écart des autres, malaimée de sa mère qui d’ailleurs ne témoigne d’affection à personne. Sa vie est parsemée de morts et de disparitions, d’êtres qui lui sont proches mais aussi d’ancêtres qui rodent encore dans son esprit et dans son histoire familiale si ce n’est dans les couloirs de sa maison.

Car chapitre après chapitre, Ruby raconte l’histoire de ses ancêtres maternels, depuis son arrière-grand-mère Alice qui disparut peu après la naissance de son septième enfant, laissant sa portée sous la coupe d’une affreuse belle-mère, jusqu’à ses sœurs et ses cousins et cousines (dont deux jumelles venues d’ailleurs qui elles ont réussi à me faire sourire). Beaucoup des enfants d’Alice sont morts tragiquement ou ont disparu, victimes entre autres de la Première Guerre mondiale, tandis que ceux de Nell, grand-mère de Ruby, servirent avec leurs amis de chair à canon durant la Seconde Guerre mondiale. Pas facile alors pour Bunty, la mère de Ruby, de trouver un prétendant entier et bien vivant. C’est à George qu’elle lia son sort, pour le malheur d’à peu près tout le monde.

Je n’ai pas été sensible à l’humour de ce roman à part quelques scènes vraiment drôles comme les vacances en Écosse (ratées comme il se doit). Même la noce le jour de la coupe du monde de football opposant l’Allemagne à l’Angleterre en 1966 n’a pas su me dérider.

–   Cette saleté de Coupe du Monde ! dit-elle en se tournant vers Ted, l’écume aux lèvres. Tu n’as pas honte ? Est-ce que ton mariage n’est pas plus important que la coupe du Monde ?

Ted ne peut s’en empêcher. Il a jusqu’ici passé l’essentiel de sa vie à mentir comme un arracheur de dents, mais, en cette occasion publique et capitale, nous le voyons avec horreur plonger, comme un parachutiste sans parachute, vers le roc dur et tranchant de la vérité.

–   Pour sûr que non, dit-il . C’est la finale.

Avec un bruit terrible la main de Sandra s’abat sur sa joue.

Ce qui domine pour moi ce livre, c’est la morosité. Tous ces personnages sont passés à côté de leur vie de façons plus ou moins tragiques pour se morfondre dans un quotidien sans joie et sans amour. C’est à la longue déprimant, même si la révélation de certains terribles secrets de famille à la fin relance l’intérêt du lecteur pour tous ces fantômes.

Un papier et un crayon ne seront pas de trop en lisant pour ne pas perdre les fils de cette très grande famille, d’autant plus que la construction n’est pas chronologique.

Kate Atkinson sur Tête de lecture

 

Dans les coulisses du musée

Kate Atkinson traduite de l’anglais par Jean Bourdier
De Fallois, 1996
ISBN : 2-87706-277-5 – 348 pages – 20 €

Behind the Scenes at the Museum, publication en Grande-Bretagne : 1995





60 réponses à « Dans les coulisses du musée de Kate Atkinson »

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