
En 1968, en tant qu’employé de justice, Benjamin Chaparro doit se rendre sur les lieux d’un crime : une jeune femme, Liliana Colotto, a été violée et étranglée. Avec l’inspecteur chargé de l’enquête, il va annoncer au jeune mari, Ricardo Morales, la mort de sa femme. Il est très marqué par cette expérience et la douleur du jeune homme.
Un de ses collègues, Romero, un abruti fini, pense boucler l’affaire en accusant deux ouvriers étrangers qui travaillent sur un chantier dans l’immeuble, d’ailleurs, ils sont tout prêts à avouer. Chaparro rend visite aux prisonniers et comprend qu’ils ont été frappés par Romero. Furieux, Chaparro fait en sorte que Romero soit suspendu.
Mais au bout de trois mois, il n’y a pas le moindre indice et Chaparro doit classer l’affaire sans suite mais il hésite car il a rencontré plusieurs fois Morales et voudrait l’aider. Ils se voient à nouveau et Morales lui montre des photos de sa femme, avant son mariage, dans son enfance et son adolescence. Chaparro repère un homme qui revient souvent sur les photos et semble regarder la jeune Liliana avec dévotion. Morales lui indique qui il est. Chaparro se renseigne et découvre que cet homme, Antonio Gómez a toujours aimé la jeune femme, et qu’il a quitté son village peu après le jeune couple pour s’installer à Buenos Aires. Baez, un inspecteur intègre et intelligent aide Chaparro dans son enquête et est bien vite persuadé lui aussi que le jeune homme est l’assassin. D’ailleurs, il a disparu depuis que Chaparro a appelé sa mère pour avoir des renseignements sur lui… Un ordre d’arrestation est lancé contre lui mais il est introuvable…
Voilà pour la première ligne narrative de ce roman qu’on peut donc qualifier de policier. Mais une seconde ligne narrative s’intercale dans le récit de Chaparro, celle de Chaparro retraité et aspirant écrivain qui raconte cette histoire. Mais pas seulement cette histoire. Il explique aussi son amour impossible pour une femme procureur, Irene, qu’il aime en silence depuis trente ans. C’est ce qui vaut à ce livre sa couverture (l’affiche du film qui en a été tiré) et laisse penser qu’il s’agit d’une histoire d’amour romantique et fatal, un simple mélo, ce qui n’a rien à voir avec le livre. Curieux choix…
Car ce livre raconte avant tout la justice argentine. Il débute en 1968 donc avant la dictature, et permet au lecteur de constater l’impéritie du système judiciaire avant la junte (les employés sont globalement incompétents, voire pire) et surtout, tout ce que la dictature a ensuite permis de régler comme rancunes tenaces. Mais il ne faut pas en dire trop…
Ce film a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Juan José Campanella en 2010 qui a obtenu l’Oscar du meilleur film étranger la même année. Chaparro est incarné par Ricardo Darin, décidément incontournable acteur argentin (voir Kamchatka). Eduardo Sacheri en fut le co-scénariste, il est donc globalement très fidèle même si dans le film, l’histoire d’amour entre Chaparro (devenu Espósito) et la procureur est bien plus importante. C’est Irene qui interroge Gómez avec Chaparro et c’est elle qui lui procure un poste très loin de la capitale pour échapper aux représailles. De ce fait, la présence militaire est beaucoup sensible et l’accent moins porté sur l’inanité de la justice argentine. C’est d’ailleurs à peine si on voit le passage à la dictature. Amour donc, mais aussi amitié, avec une magnifique scène en particulier lors de la mort de Sandoval. Au final, le film est moins dense humainement, moins tragique que le roman puisque plus centré sur l’histoire de deux individus. C’est cependant un bon film, mais peut-être pas au point de remporter un Oscar.
Dans ses yeux
Eduardo Sacheri traduit de l’espagnol par Isabelle Guignon
Denoël (Denoël & d’Ailleurs), 2011
ISBN : 978-2-20726172-9 – 341 pages – 22 €
La pregunta de sus ojos, parution en Argentine : 2009
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