Oui, un billet d’humeur. Parce que je l’ai un peu mauvaise.
Partout, on s’attriste de la disparition des librairies indépendantes. Sur la blogosphère littéraire aussi. On s’indigne même car il est de bon ton de s’indigner ces temps-ci. Ce qui m’indigne moi, c’est une certaine hypocrisie. Je vais me faire des ennemis sur ce coup-là. Tant pis, je m’en vais vous raconter ma petite histoire.
Cet été, j’ai été invitée à déjeuner par Amazon. Pourquoi moi, je n’achète pas sur cette plateforme ? Je réponds que merci, mais n’habitant pas Paris, ni même la banlieue parisienne, cette invitation ne m’était certainement pas destinée. Que nenni, on m’offre le voyage en train (sans me demander où j’habite) et un déjeuner dans un resto du 8e arrondissement avec d’autres blogueuses littéraires (Amazon a des sous à dépenser en communication). J’hésite : avaler le blabla des commerciaux d’Amazon ne me tentait pas, mais une journée à Paris, si. Je suis vénale, j’ai accepté, puisqu’il n’y avait pas de contrepartie demandée.
Arrivée sur place le jour dit, je connaissais toutes les blogueuses, juste de pseudos pour certaines, de visu pour d’autres. L’ambiance était sympathique, comme on l’imagine, à part qu’on n’était pas là pour parler blogs mais pour écouter des gens nous présenter Amazon comme si on tombait de la planète Mars et qu’on n’en avait jamais entendu parler. A la question « achetez-vous des livres sur Amazon ? » toutes les blogueuses ont répondu oui. TOUTES. Sauf moi. Et pas des blogueuses habitant le fin fond de nulle part, sans librairie aucune. Non. Des Franciliennes, des citadines.
Je me rends compte que je suis extrêmement naïve et idéaliste. Et militante aussi, du genre de celles qui agissent plutôt que de parler. Il m’arrive d’aller à la Fnac : je n’y achète pas de livres. Je note sur un petit papier si j’ai vu des livres intéressants et les cherche à la librairie d’en face s’il y en a une. Parfois, ça me démange, c’est si facile d’être sur un blog et de cliquer sur un lien pour acheter un livre en ligne… Oui, mais je peux attendre trois jours, quatre, même cinq (!) que mon libraire auquel j’ai envoyé un mail me le fournisse. Parce que parfois, je vais le voir, on discute et je ressors sans rien acheter. Mais on a super bien discuté, et je reviendrai le voir parce qu’il sait de quoi il parle. Et la fois suivante, j’achèterai, ou pas. Mais il sait que quand j’aurai envie d’un livre, c’est vers lui que je me tournerai. Alors il discute avec moi. Peut-être même que ça lui fait plaisir. Les vendeurs de la Fnac ne discutent pas, pas le temps et bien souvent pas les compétences. Sur Amazon, n’en parlons pas.
Alors voilà, quand je lis des billets ou que j’entends des gens qui s’attristent de la disparition des librairies et qui achètent en ligne ou en grandes surfaces culturelles, je me dis qu’il y a comme un hic… Alors oui, Amazon c’est super quand on souhaite acheter des livres en langue étrangère, ou qu’on est une personne seule, sans voiture au fin fond de nulle part. Combien de clients Amazon sont concernés par ce profil ?
Si la blogosphère littéraire, si fière de ses libraires, arrêtait d’acheter en ligne, rien qu’en ligne (sans parler des grandes surfaces culturelles), je suis certaine que de nombreux libraires s’en porteraient mieux.
Mais il y a loin des déclarations aux actes.
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