
Marc Marronnier (Gaspard Proust), critique littéraire et chroniqueur des nuits parisiennes, a connu le grand amour, le vrai, celui pour lequel il s’est marié. Ça a duré trois ans (le temps du générique), elle l’a quitté pour Marc Lévy et à part se tuer, il n’y a plus grand-chose à faire. Ah si, peut-être écrire un livre (un de plus) sur cette triste expérience. Et le publier, sous pseudo bien sûr car Marc est très connu sur la place de Paris et il n’a pas envie de se faire moquer par ses collègues. Après de multiples refus, ce sont les éditions Grasset qui le publient et contre toute attente, le livre est un best seller. Il est content Marc, mais ce qui lui ferait vraiment plaisir c’est qu’Alice (Louise Bourgoin), la femme de son cousin (Nicolas Bedos) tombe amoureuse de lui parce qu’il en est raide dingue. Ses amis (Joey Star, Jonathan Lambert) le soutiennent et son affaire semble bien partie, sauf qu’il refuse de dévoiler à la jeune femme qu’il est l’auteur de L’amour dure trois ans, ce livre qu’elle n’a même pas terminé…
Y a-t-il quelque chose qui me soit plus étranger que la comédie romantique française ? Je ne crois pas. Britannique passe encore, dans un moment d’égarement, mais française, c’est plus qu’improbable. Il fallait donc tout le charisme de Frédéric Beigbeder pour me pousser à sortir sous cette neige et à me mêler à mes semblables dans une salle des plus obscures. Ceci dit, nous étions trois, c’est supportable.
Ce Beigbeder me plait bien, contre toute attente, car je ne l’ai jamais lu. C’est donc le personnage qui me plait, son insouciance, son humour, sa culture aussi, très hétéroclite. La mienne l’est si peu, pensez-vous, je ne savais même pas qui était Joey Starr avant d’entendre parler de ce film… Et Gaspard Proust. J’ai passé tout le film à me demander à qui il ressemblait, lui enlevant les yeux, les cheveux, lui ajoutant quelques années… ce n’est qu’à la toute fin que j’ai trouvé, et j’étais sûre de moi. Rentrée, je me jette sur Wikipédia et là, déception : non Gaspard Proust n’est pas le fils de Daniel Auteuil… C’est un humoriste. Mes connaissances en la matière sont mortes avec Raymond Devos, autant dire que je ne risquais pas de le connaître, lui non plus.
J’en ai quand même reconnu certains, et c’est tant mieux car le charme du film repose aussi sur ses guest stars, les potes de Beigbeder, jouant parfois leur propre rôle. La palme va à Bruckner et Finkielkraut, qui parlent d’amour bien sûr, chacun à son bout du canapé comme un vieux couple : à peine une minute mais excellent. Idem pour le neurobiologiste Jean-Didier Vincent qui, pour que l’amour dure, recommande de faire comme les femelles ouistitis : « baiser, baiser, baiser » ! Celui qui hante tout le film, c’est Michel Legrand, qui apparait à la fin : quel bonheur de ne plus se sentir ringard d’aimer Peau d’Ane ! Mention spéciale pour son sens de l’humour à Marc Lévy car si vous restez dans votre fauteuil jusqu’à la fin du générique, vous le verrez y faire une apparition que tous les écrivains à succès comme lui ne seraient pas prêts à faire.
Quand j’ai entraperçu Nicolas Bedos, je me suis dit que ça n’allait pas me plaire, ce type vulgaire imbu de lui-même m’insupporte, et pourtant, il est juste parfait : « Tu vas pas me quitter pour Marc, c’est le plus moche de mes cousins ! », « T’as parlé de micro pénis tout à l’heure, c’est pour moi que tu disais ça ? ». Valérie Lemercier en éditrice à la répartie très acerbe (« J’ai lu votre manuscrit L’amour dure trois ans, j’adore, le titre est bien con. »), Annie Dupeyret, mère de Marc et même Bernard Ménez, qui joue son père, sont très réussis. Si Louise Bourgoin est certes jolie, Gaspard Proust est un peu fade, bien moins charismatique que son modèle ; ce sont vraiment tous les seconds rôles qui font le charme du film.
La jeune femme qui se tape tous les écrivains à prix littéraires m’a rappelé celle qui dans L’année prochaine si tout va bien (de Jean-Loup Hubert avec Isabelle Adjani et Thierry Lhermitte, j’adore ce film !) se fait les illustrateurs d’Angoulême. Vu que les clins d’œil cinématographiques sont nombreux dans ce film, peut-être en est-ce un à cette si charmante comédie du début des années 80, qui parlait d’amour et couple, aussi.
Beaucoup de légèreté dans cette comédie, et de procédés qui ont emporté mon adhésion : Marc s’adressant directement à la caméra (cf. Woody Allen), le côté vintage et la mise en scène très courte mais bien vue du mariage de Marc, les citations du roman (j’imagine) en surimpression… et l’autodérision dont Beigbeder fait preuve à travers Marc Marronnier. C’est tout sauf snob, même pas intello branché. C’est juste drôle, parfois cynique, référencé sans être lourd, parisien mais pas intégriste. Un film de copains, certes, mais dont on ne se sent pas exclu.
Je n’avais pas vu de comédie française depuis… J’ai toujours rêvé d’être un gangster. Oui, c’est ça, une comédie française tous les quatre ans, il suffit de bien les choisir…
L’amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder
Avec : Gaspard Proust, Louise Bourgoin, Valérie Lemercier, Joey Starr…
Durée : 1h 38 – Sortie nationale : 18 janvier 2012
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