
Alors qu’il n’a que douze ans, Cory assiste à un accident qui va marquer sa vie : une voiture sort de la route et plonge dans le lac. Son père plonge lui aussi pour tenter d’aider le passager : il constate que ce dernier est menotté au volant et qu’il a été battu à mort. Il ne peut plus rien faire. Cory qui assiste de loin à la tentative de sauvetage, aperçoit un homme qui comme lui contemple la scène. Quand il se rend à l’endroit où se trouvait cet homme, il trouve une plume verte.
La voiture et son conducteur ont disparu corps et biens, il est impossible de les repêcher tant le lac est profond. Le temps passe et à Zephyr, Alabama, on oublie l’accident. Sauf Cory et son père. Ce dernier est en effet assailli par des rêves, il revoit sans cesse le drame, en perd le sommeil. La Dame pourrait l’aider mais il refuse d’aller la voir : elle a cent six ans, elle est noire, il n’est donc pas loin de la considérer comme une sorcière. Car si le père de Cory n’est pas raciste, il n’en est pas moins imprégné d’un certain esprit ségrégationniste. Comment pourrait-il en être autrement dans l’Amérique profonde du début des années 60 ?
Emaillé ça et là de touches fantastiques ou irrationnelles, Le mystère du lac est avant tout un roman d’apprentissage et le récit d’une adolescence américaine, celle en partie de Robert McCammon. Chronique sociale, récit d’enfance, ce roman est riche de multiples inspirations terriblement authentiques. Ainsi le jeune garçon part-il pour la première fois en camping, se voit-il offrir sa première machine à écrire… il se fait quelques frayeurs à la fête foraine, pleure la mort de son chien. Il raconte sa famille, le peu d’argent, la joie de recevoir son premier vélo, la dignité du père, la débrouillardise de la mère. Ces petites fêtes et drames personnels sont ponctués par l’actualité, non pas la grande, mais celle qui touche particulièrement un garçon de douze ans. Quel événement en effet que le premier disque des Beach Boys ! Car le rock, c’est le Diable pour certains. C’est que la petite ville de Zephyr, fermée sur elle-même, compte dans ses rangs quelques conservateurs des plus actifs, et comme partout, quelques membres du Ku Klux Klan.
Armé de sa seule plume verte, Cory décide de mener son enquête, de découvrir qui l’a perdue en regardant sombrer la voiture et son passager. Son imagination débordante le conduira à faire toutes sortes de suppositions et à se trouver dans plusieurs situations périlleuses qui font aussi de ce roman un bon suspens. Il aura bien sûr quelques alliés en particulier grâce à ce que les adultes tiennent pour quantité négligeable : les Noirs et l’imagination.
Beaucoup d’humanité, de fantasmagorie pour un récit d’enfance aussi passionnant qu’émouvant, sous la belle plume de Robert McCammon, toujours réjouissante.
Robert McCammon sur Tête de lecture
Le mystère du lac
Robert McCammon traduit de l’anglais (américain) par Stéphane Carn
Albin Michel (Wiz), octobre 2007
608 pages, 17€
Boy’s Life, parution originale : 1991