
Un préambule, intitulé « Briefing », met le lecteur dans l’ambiance. Il y a eu une guerre entre hommes et robots. Ceux-ci l’ont perdu, parce que « Nous avons survécu. L’espèce supérieure, c’est nous ». Cette phrase d’exergue signée Cormac « Brightboy » Wallace laisse supposer que le reste ne fera pas dans la dentelle. Et pourtant, le récit des hostilités s’avère plus intéressant que ce titre roboratif, Robopocalypse, ne le suggère.
Daniel H. Wilson choisit un mode de narration dynamique. Cinq parties déroulent chronologiquement les événements depuis les signes avant-coureurs jusqu’à la reprise en main de la situation par les humains. Aux États-Unis comme au Japon ou en Grande-Bretagne, certains robots jusque là obéissants et favorables aux humains (comme il se doit selon les lois de la robotique) font preuve d’initiatives néfastes pour les humains. De la poupée gonflable robotisée au robot soldat de la paix, en passant par les voitures qui écrasent les passants, ils se rebellent. Ils blessent voire tuent leurs maîtres ou les personnes qu’ils sont censés protéger. Parce qu’ils ont négligé ces manifestations hostiles, les humains subiront ensuite de très lourdes pertes et des années de guerre.
Ce putsch des IA et la résistance humaine ne sont pas racontés par un seul personnage de Robopocalypse. Plusieurs voix prennent en charge le récit sur des modes très différents qui dynamisent la lecture. Témoignages, enregistrements vidéo et audio (retranscrits), échanges oraux avec une tour de contrôle… Les personnages réapparaissent d’une partie à l’autre, certains se rejoignent et résistent ensemble.
Le point de vue reste humain, on ne saura donc pas ce que revendiquent exactement les robots, clairement hostiles cependant.
Vous autres humains êtes des machines biologiques conçues pour créer d’autres outils intelligents. Vous avez atteint l’apogée de votre évolution. Toute l’existence de vos ancêtres, l’apparition et la chute de vos civilisations, chaque bébé rose et joufflu ? tout vous a conduits ici, maintenant, en ce jour où vous avez accompli le destin de l’humanité en créant son successeur. Votre espèce vient d’expirer. Vous avez terminé ce pour quoi vous étiez conçus.
Le but est louable à la base, puisqu’il s’agit de débarrasser la planète des parasites que nous sommes. Ainsi pourra s’épanouir une nouvelle race, plus respectueuse. Les Intelligences Artificielles travaillent aussi sur l’humain. Comme l’homme a amélioré le robot au point de lui donner une conscience, le robot peut robotiser l’homme pour améliorer ses performances et créer ainsi une race supérieure. C’est ce qui arrive à certains des protagonistes. Grâce à leurs nouvelles capacités ils s’avèrent de plus performants face aux robots.
L’auteur de Robopocalypse a beau être diplômé en robotique et intelligence artificielle, il n’est pas nécessaire que le lecteur le soit. Le propos n’est en effet pas scientifique ni philosophique. Même si on ne s’interdit pas de réfléchir à l’utilisation que nous faisons des machines de plus en plus intelligentes qui peuplent notre quotidien. Ici clairement, l’accent est mis sur l’action à travers Cormac « Brightboy » Wallace, le compilateur de tous ces textes disparates et lui-même héros de cette guerre. Le divertissement est efficace, et même plaisant pourvu qu’on n’y cherche pas trop de finesse psychologique ou de prouesses stylistiques.
Robopocalypse
Daniel H. Wilson traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrick Imbert
Fleuve Noir, octobre 2012
438 pages, 20.90€
Robopocalypse, parution originale : 2011