Green Manor de Vehlmann et Bodart

Le Green Manor’s est un club très select de gentlemen passionnés par le crime. Pendant très longtemps, Thomas Below en fut le gardien. Il est désormais enfermé dans un hôpital psychiatrique londonien pour troubles graves de la personnalité, tendances morbides et délire de persécution. Il faut dire que ce qu’il a entendu au Green Manor’s Club a de quoi perturber. Il en fait le récit à l’éminent docteur Thorne venu le visiter : voici que s’ouvre une page (trois tomes en fait) de l’histoire criminelle du XIXe siècle britannique où se mêlent la vengeance, l’ingéniosité, le farfelu et souvent la prétention de celui qui veut accomplir le crime parfait, pour l’amour de l’art.

Ces gentlemen à cigare aiment à se soumettre des mystères, et si possible, à les résoudre : peut-il y avoir des meurtres sans victime ou sans meurtrier ? Chacun y va de sa petite histoire pour illustrer le problème. Peut-on être responsable d’un meurtre qu’on n’a pas commis mais qu’on a voulu ? Peut-on commettre un crime par-delà le temps, une fois mort et enterré ? Ces questions sont autant de défis à la face de ces esprits (soi-disant) supérieurs  qui se font tour à tour assassins et enquêteurs. Victimes aussi parfois, parce qu’on ne gagne pas à tous les coups…

Le tout, dans une atmosphère excessivement british et masculine. Sauf dans une des histoires, « Nuit vaudou » où les femmes tiennent un rôle primordial sans bien sûr que les hommes s’en doutent, ni même le comprennent. Bien des génies du crime se voient d’ailleurs démasqués ou supplantés par des êtres dont ils n’imaginent pas l’intelligence, le plus souvent parce que la vanité les aveugle comme dans « Jeux d’enfants » ou « La petite musique du crime » qui mettent en scène des assassins bien trop sûrs d’eux pris au piège par des individus qu’ils considèrent comme quantités négligeables (un domestique et une enfant, en l’occurrence).

Les ingrédients principaux : de l’humour noir, de la concision, du machiavélisme et du style… car le meurtre n’est rien sans un peu d’élégance et c’est le savoir-vivre qui distingue l’assassin de sa victime comme le précisent les quatrièmes de couverture des tomes un et deux.  Certaines conclusions sont parfois un peu tordues, mais toujours étonnantes. Chaque histoire est prenante, quelle soit originale ou pas car Fabien Vehlmann réussit à rendre ses intrigues dynamiques. Le dessin de Denis Bodart les illustre parfaitement avec ses personnages de gentlemen très chics, à favoris, costumes, et fauteuils en cuir. Les décors sont foisonnants, tant en intérieur qu’en extérieur (voitures à cheval, rues sombres et pavées) et les couleurs très belles.

Depuis le tome 3, de nouvelles histoires criminelles sont parues dans Spirou (en 2011) : peut-être de quoi faire un jour un autre tome ?

 

Tome 1 : Assassins et gentlemen, Dupuis, 2001
Tome 2 : De l’inconvénient d’être mort, Dupuis, 2002
Tome 3 : Fantaisies meurtrières, Dupuis, 2005

Fabien Vehlmann (scénario) et Denis Bodart (dessin)





17 réponses à « Green Manor de Vehlmann et Bodart »

    1. Sandrine
  1. Syl.
  2. jeneen
  3. alexmotamots
  4. Plume/Plumisa
  5. Midola
  6. Manu
  7. Nadael

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