
Paolo Bacigalupi nous revient avec un roman jeunesse, Ferrailleurs des mers. Nailer est un jeune ferrailleur : il récupère des pièces sur des super tankers échoués sur la cote. Métier dangereux, qu’il pratique en équipe. La loyauté de chacun se signe dans le sang. Et pourtant, Sloth refuse de l’aider au moment où il risque sa vie en tombant dans une réserve de pétrole, dans les entrailles d’un cargo. C’est que ce pétrole peut la rendre riche, très riche même et la dispenser à tout jamais de ces épaves où elle risque sa vie. Mais Nailer a de la chance et parvient à s’en sortir. Le sort que les autres coéquipiers et le chef réservent à Sloth est beaucoup moins enviable.
Mais existe-t-il un destin enviable sur cette plage de misère ? Les gens s’entassent dans des taudis et mangent à peine. Ils se tuent pour des compagnies lointaines qui récupèrent le fruit de leurs récoltes sur les bateaux. Le père de Nailer, Richard Lopez, est un de ces individus devenus incontrôlables et très violents. Nailer le craint plus que tout.
Mais Paolo Bacigalupi fait en sorte que la chance tourne. Alors que Nailer échappe à une terrible tempête, une de ces tueuses de villes, il découvre un magnifique bateau échoué, un de ces clippers tout en voiles et en légèreté qui le font rêver. C’est une prise unique, remplie de biens qui feront sa fortune à lui et à sa coéquipière Pima. Alors qu’ils sont sur le point de couper les doigts du cadavre d’une jeune fille pour récupérer des bagues en or, celui-ci ouvre les yeux. Cette richarde, Nita, se dit héritière d’un groupe puissant, recherchée par son père sur ses traces grâce à son GPS. Mais les jours passent et le seul père qui se pointe à l’horizon est celui de Nailer. Il fait bien sûr main-basse sur le clipper et sa passagère.
Paolo Bacigalupi situe l’action de son roman dans le golfe du Mexique. Les villes côtières de la Louisiane (quatrième état producteur de brut) ont disparu, englouties par la montée des eaux. Les super tankers échoués témoignent de la fin de l’ère pétrolière, et les créatures mi-hommes, mi-bêtes des progrès de la génétique. La société elle, n’a guère changé : les pauvres se battent toujours pour survivre, se tuent au travail pour engraisser de lointains patrons. Entre les deux, des profiteurs sans scrupules.
Paolo Bacigalupi qui fit une entrée fracassante en littérature de l’Imaginaire et suscita l’enthousiasme (pas le mien) avec La fille automate revient donc avec ces Ferrailleurs des mers, roman étiqueté Young Adults mais lisible par tous. Malgré un contexte original, prolongement envisageable de la situation actuelle, l’histoire de Nailer ne m’a pas passionnée. Comme dans bien des romans actuels pour adolescents, ces jeunes gens luttent pour leur liberté et leur survie dans un monde hostile, Nailer pour s’affranchir de son père autant que de la misère.
Mais le récit et le rythme se traînent et les personnages sont assez quelconques. De nombreuses pistes intéressantes demeurent dans l’ombre : le fonctionnement des grands groupes, la famille et les intérêts de Nita (quelles rivalités opposent les clans ? quels dangers Nita court-elle et pourquoi ?) et surtout la personnalité énigmatique de Tool, l’homme chien sans allégeance. Les personnages ne sont pas assez développés à mon goût.
Souhaitons que la suite de ce roman de Paolo Bacigalupi, annoncée en France pour novembre 2013, soit plus convaincante.
Paolo Bacigalupi sur Tête de lecture
Ferrailleurs des mers
Paolo Bacigalupi traduit de l’anglais (américain) par Sara Doke
Au Diable Vauvert, avril 2013
395 pages, 18€
Ship Breaker, parution originale : 2010
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