Les carnets de guerre de Victorien Mars de Maxence Fermine

Ne pas se fier au titre : il ne s’agit pas ici de carnets de guerre mais bien d’un roman qui ne prend jamais la forme d’un carnet, c’est-à-dire d’écrits au jour le jour. Victorien Mars, personnage de fiction, raconte la Grande Guerre à laquelle il a participé en tant que simple soldat de 1914 à 1916. Sa blessure à Verdun lui épargne deux années supplémentaires.

Alors qu’il souhaite donner à son roman les accents du réalisme, Maxence Fermine utilise des procédés propres au genre romanesque. Le roman est entièrement construit sur un retour en arrière : aux premières pages, Victorien Mars se tient debout dans une tranchée, un pistolet sur la tempe. « De l’autre côté du pistolet, il y a un soldat français ». Le roman raconte comment une telle situation est advenue. Victorien Mars raconte son passé d’horloger à Lyon, sa sœur, son incorporation. Il est d’abord affecté à Ypres, en Belgique où il se lie particulièrement à deux autres soldats, « une paire de coriaces » nettoyeurs de tranchées à l’origine d’un commerce illicite de ravitaillement. Ces deux-là deviendront ses amis les plus proches, parmi les différents autres soldats croisés durant ces deux années de guerre. L’auteur s’attache à décrire en particulier le personnage de l’As de pique, celui qui tient le pistolet, un adjudant cruel voire sadique, ancien condamné à la peine de mort pour meurtre « sauvé » par la guerre.

Il est aussi question du passé sentimental du narrateur, d’un drame passé auquel il pense sans cesse mais qu’il ne formule pas clairement. Ainsi le lecteur s’interroge-t-il sur l’origine de ses tourments, et l’auteur donne-t-il plus d’épaisseur à son héros déjà éprouvé par la vie.

Malgré tous ces efforts (trop évidents à mon goût), ce roman ne m’a pas émue ni même intéressée. Je n’ai pas cru à la voix de ce Victorien Mars. A l’image de ce nom trop explicite, rien ne m’a semblé naturel dans ce roman. Ce qui m’a gênée par-dessus tout, ce sont les formules pseudo-poétiques tellement rebattues : « Mathilde s’est mise à rire, et son rire a résonné dans le couloir de l’hôtel-Dieu comme une cascade d’eau claire sur une roche. », « La place du Tertre était noire de monde, mais nous étions seuls au milieu de la foule. » La première personne ne convient évidemment pas à l’expression d’une sensibilité masculine écorchée qui ici ne s’exprime qu’à travers une accumulation de clichés :

D’un geste empli de tendresse, j’ai posé ma main sur la photographie et j’ai tenté à nouveau de saisir l’insaisissable, le passé, l’amour, la joie de vivre, tout ce qu’elle m’avait offert et tout ce que je lui avais donné et qui avait disparu avec le temps. Mais cette fois, je n’ai ressenti qu’un grand vide, une sensation de manque, le froid de l’absence. Je me suis reculé et j’ai remarqué avec étonnement que le portrait couleur sépia ne souriait plus vraiment et que le regard d’Apolline n’était plus aussi perçant qu’autrefois. 

Tout ça m‘a semblé bien fade compte tenu de la violence et de la férocité des événements.

Thématique Première Guerre mondiale sur Tête de lecture

 

Les carnets de guerre de Victorien Mars

Maxence Fermine
Albin Michel, 2008
ISBN : 978-2-226-18862- 5 – 185 pages – 15 €





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