Partager la publication « Animale la malédiction de Boucle d’Or de Victor Dixen »

Qui était donc cette Boucle d’or, celle qui un jour entra sans gêne dans la maison des trois ours ? Qui est celle qui toucha à tout puis s’endormit avant d’être surprise par le retour des légitimes propriétaires ? On n’en sait rien. Car comme souvent avec les contes, cette histoire est pleine de trous. Alors Victor Dixen dans Animale la malédiction de Boucle d’Or nous donne sa version à lui, bien ravaudée.
1832. Blonde est une jeune fille de seize ans qui n’a jamais rien connu d’autre que la réclusion du couvent de Sainte-Ursule, dans les Vosges. Orpheline, on la place à vie dans cette institution où d’autres demoiselles passent quelques années pour parfaire leur éducation avant de se marier. Mais voilà qu’un jour, un homme parvient à s’introduire dans le couvent. Il lui fait passer un dossier qu’il l’implore de lire. Blonde y lit le récit par un ancien commissaire de la disparition d’une certaine Gabrielle de Brances quelques dix-sept années auparavant. Comme on le devine, Blonde s’avère être la fille de cette Gabrielle disparue. Comme elle, ses cheveux sont d’or. La jeune fille découvre alors ses origines, qu’on lui a toujours cachées, ainsi que le nom de son père. Elle décide de s’échapper du couvent pour aller le trouver.
Blonde est donc brusquement confrontée à un problème identitaire de taille. Le plus dur reste cependant à venir. Car Blonde se rend compte que sous le coup de la colère, elle voit rouge. Littéralement. Elle est submergée par ses sentiments. A tel point qu’elle ne se souvient plus de ce qu’elle a fait une fois la crise passée. Or, elle se livre à des actes très violents…
Un autre sentiment nouveau fait par ailleurs son chemin en elle : la jeune fille tombe amoureuse du jeune apprenti sculpteur venu avec son maître rénover la statue de sainte Ursule.
C’est assez dire si Animale la malédiction de Boucle d’Or est un roman de transition et d’initiation. En creux, Blonde reproduit les mêmes schémas que sa mère quelques années plus tôt. Au moment d’entrer dans l’âge adulte, de faire des choix décisifs, entre autres celui d’une sexualité, les deux jeunes filles sont saisies par l’animalité. Dominées par leurs pulsions, elles ne se contrôlent plus et se laissent submerger. L’ours figure très bien la tentation et ces instincts sexuels primaires exacerbés. En effet, se tenant sur ses deux pattes, il est l’animal le plus semblable à l’homme. Il incarne si bien la virilité que l’homme (le masculin) n’a eu de cesse de le chasser. On sait depuis le Moyen Age et Jean de l’Ours que dans l’imaginaire populaire, femme et ours peuvent donner naissance à des enfants.
Cette sexualité animale ouvre la voie à un thème proche, celui de la Belle et la Bête, façon la Belle est la bête. La jeune fille va devoir maîtriser ses instincts pour avoir accès à la sexualité et devenir femme. On peut y lire aussi le thème de la faute et du rachat : la fille paye pour les erreurs de sa mère.
Animale la malédiction de Boucle d’Or peut donc se lire à plusieurs niveaux, ce qui en fait la richesse. C’est bien sûr aussi un roman d’initiation et d’amour. Les jeunes lecteurs pourront le lire en suivant les nombreux rebondissements qui en font un roman d’aventure à suspens.
J’apprécie particulièrement ce que je nommerais l’audace de l’auteur. Il n’hésite pas à employer un vaste vocabulaire. Surtout, il fait référence à des événements historiques (le retour de Napoléon) et à des écrivains (Chateaubriand) certainement méconnus du public-cible. J’aime les auteurs qui ne choisissent pas la facilité et parviennent à rendre accessibles et même divertissants des éléments a priori difficiles.
Victor Dixen sur Tête de lecture
Animale la malédiction de Boucle d’Or
Victor Dixen
Gallimard Jeunesse, août 2013
436 pages, 17.90€
Une réponse à « Animale la malédiction de Boucle d’Or de Victor Dixen »
[…] Et si le fameux conte « Boucle d’or et les trois ours » était basé sur une histoire vraie ? C’est l’idée de départ de Victor Dixen pour ce premier tome de la série « Animale », intitulé « La Malédiction de Boucle d’or », un livre auquel je n’avais pas prêté attention à sa parution tant la couverture me paraissait d’un kitsch rédhibitoire. Mais le tome 2 vient de sortir et son titre, « La Prophétie de la Reine des neiges » a attiré mon regard (dès qu’il est question d’un conte d’Andersen, mes antennes s’agitent), si bien que j’ai rectifié le tir en voyant l’avis positif de SBM au sujet de ces deux opus. […]