La main tendue de Poul Anderson

Valka Vahiro, représentant de Cundaloa et Skorrogan, venu de Skontar se présentent auprès de la Confédération de Sol, centre du système solien servant de modèle à toute la galaxie. Il s’agit de discuter de l’aide que les Terriens se proposent d’offrir aux deux peuples qui hier encore se faisaient la guerre et sont aujourd’hui réduits à la misère. Assistance économique, atomique, médicale… l’empire solien est généreux et avoue qu’il a besoin d’économies prospères partout dans la galaxie afin de pouvoir commercer, trouver des débouchés à ses produits.

L’affable Valka Vahiro fait excellente impression, mais le rustre Skorrogan fait preuve de tant d’arrogance et d’impolitesse que les Terriens décident de refuser leur aide à son peuple. A son retour, ce dernier est ostracisé pour son incompétence : il a trahi la confiance de son peuple qui ne pourra pas prospérer et doit payer cette faute de son rang. Cinquante ans plus tard, Skorrogan est fier d’avoir tenu tête à l’empire solien : Cundaloa est certes prospère mais son peuple a perdu son identité culturelle et religieuse au profit de du modèle unique solien.

La main tendue, nouvelle de Poul Anderson est une démonstration par les faits de l’impérialisme économique ouvrant sur l’impérialisme culturel. Quand il rédige cette nouvelle en 1950, il est question de plan Marshall qui doit aider l’Europe à se reconstruire après la Seconde Guerre mondiale. A quel prix ? telle est la question. La « nécessité de la civilisation moderne » passe-t-elle par l’abandon de traditions ancestrales, de cultures uniques, de croyances qui ont fondé des civilisations ?

Ces interrogations sont bien sûr toujours d’actualité puisque que la culture américaine a conquis le monde entier. Nous avons sacrifié ce qui faisait notre identité, notre passé sur l’autel de l’économie et du marché. Du passé ne reste plus que le clinquant pour alimenter le filon touristique : l’uniformisation culturelle est venue à bout des particularismes. Ce Poul Anderson était un visionnaire…

Le Passager clandestin qui depuis quelques mois à travers la collection « Dyschroniques » « exhume des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation, empruntées aux grands noms comme aux petits maîtres du genre » est en difficulté. N’hésitez pas à vous rendre sur le site et à vous offrir quelques-uns de ces petits textes dans leurs nouveaux habits.

Poul Anderson sur Tête de lecture

 

La main tendue

Poul Anderson traduit par Maxime Barrière
Le Passager clandestin (Dyschroniques), février 2014
71 pages, 6€

The Helping Hand, parution originale : 1950





3 responses to “La main tendue de Poul Anderson”

    1. Sandrine

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