Et je serai toujours avec toi d'Armel Job

Teresa est veuve depuis un an. Venue très jeune de Pologne pour épouser Jacques connu via une agence matrimoniale, elle a eu de lui deux fils, André et Tadeusz, les deux narrateurs de Et je serai toujours avec toi. Arrivés à la vingtaine, ils vivent toujours avec elle à Wermont, dans les Ardennes belges. Très pieuse, elle garde le deuil et vit une vie très effacée. D’autant plus qu’elle attend le signe que son défunt mari lui a promis depuis l’au-delà. Quand Branko Hrastov se présente un jour de novembre, elle ne doute pas qu’il soit le signe.

C’est à travers les points de vue alternés d’André et Tadeusz que le lecteur suit l’arrivée puis l’installation de Branko dans leur foyer. Ils ne souhaitent au départ qu’aider un étranger en panne de voiture. Ils lui offrent le couvert, puis n’ont pas le courage de le laisser dormir dehors. Mais l’un et l’autre se rendent compte que la présence de Branko chez eux modifi le comportement de leur mère. Elle abandonne le deuil et devient resplendissante, enjouée comme jamais.

Teresa est une femme de trente-neuf ans, belle de surcroît, mais ils sont tous deux incapables de voir la femme en elle. Elle est leur mère et pour l’éternité l’épouse de leur défunt père. Ils cherchent alors à incriminer Branko. Et quoi de mieux que de chercher à savoir ce que lui, le Croate a fait en Yougoslavie avant d’arriver en France ? On est en 1995 et la guerre y bat encore son plein. Mais les événements vont servir les deux frères. On retrouve une jeune femme assassinée à Wermont, celle-là même qui draguait ostensiblement Branko et que celui-ci a rejetée. Lui qui se dit vétérinaire aurait-il découpé Suzanne avant de la laisser pour morte dans la forêt ? Il ne peut malheureusement pour lui pas justifier de son emploi du temps au moment du meurtre…

Et je serai toujours avec toi est un roman noir très bien mené dont la tension monte petit à petit. L’arrivée d’un étranger au passé trouble dans cette famille close sur elle-même prend rapidement des allures inquiétantes, du genre Harry, un ami qui vous veut du bien. Le lecteur se place d’emblée du côté des fils. Mais petit à petit, le doute s’installe : Branko est-il effectivement un manipulateur ? Ou la victime de la jalousie des fils et de la méfiance populaire à l’égard des étrangers, un bouc émissaire ? Armel Job distille une révélation après l’autre qui à chaque fois relance l’intérêt du lecteur et le fait douter de ses conclusions.

On retrouve dans ce roman un thème déjà exploré dans Tu ne jugeras point, celui de la mère. Celle qui n’est souvent que « maman » pour ses enfants qui oublient qu’elle est aussi une femme. Les regards que ses deux grands fils portent sur Teresa ne les condamnent pas. Ils montrent ce que l’amour filial, surtout l’amour de fils pour leur mère, peut avoir de possessif et de régressif.

Une intéressante réflexion aussi, et sans cynisme cette fois, sur l’importance de la religion catholique, le réconfort qu’elle apporte à certaines personnes. Peut-être est-ce puéril, peut-être fuient-elles le monde de cette façon, mais elles sont en tout cas sincères, à l’exemple de Teresa. Sa foi lui donne de la force ; elle est aussi un guide.

Votre monde sec, ton monde de chiffres et de calculs, il ne me fait pas envie ; je préfère le mien, où l’on croit que les bougies ont de l’effet pour guérir les enfants ou pour apaiser le chagrin quand quelqu’un est mort. Je sais bien que ce ne sont peut-être que des rêveries, mais j’aime mieux vivre avec ces « peut être » qu’avec vos « sûrement ».

Un suspens psychologique efficace avec des personnages ambigus et une intrigue qui manie parfaitement les rebondissements. Sur ce drame familial planent l’ombre de la guerre en Bosnie et le spectre des hommes de violence et de mort. C’est donc encore un plaisir de retrouver Armel Job pour un roman qui va jusqu’à interroger les limites du pardon.

Armel Job sur Tête de lecture

 

Et je serai toujours avec toi

Armel Job
Robert Laffont, 2016
ISBN : 978-2-221-19140-4 – 306 pages – 19 €





17 réponses à « Et je serai toujours avec toi d’Armel Job »

    1. Sandrine
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