Madame Desantis a quatre enfants. Elle part faire quelques courses avec les deux plus jeunes, dont David, encore en poussette. Gênée par les marches devant une boutique, elle laisse le véhicule dehors pendant ses achats. Quand elle ressort, le bébé n’est plus là. Malgré la police, les recherches, les interrogatoires, David Desantis reste introuvable. Ainsi débute Tu ne jugeras point

Autour d’une histoire simple et tragique, Armel Job tricote dans Tu ne jugeras point une histoire impossible à lâcher, qui se lie d’une traite. Le lecteur suit principalement le juge Conrad, qui comme tous ses collègues n’est pas prêt d’oublier les retentissements de l’affaire Dutroux. Il est prudent le juge, et avec les deux inspecteurs de la PJ fédérale (nous sommes en Belgique), il mène les interrogatoires avec tact, se gardant de conclusions hâtives. Mais comment empêcher que les gens parlent, écoutent, prennent position, facilitent ou pas le travail de la police ?

Et quand c’est madame Desantis elle-même dont le comportement devient suspect, cette mère modèle, toute dévouée à ses enfants, qui adore son bébé, le juge Conrad marche sur des œufs.

La grande réussite n’est pas tant l’intrigue, assez banale malheureusement, mais bien les personnages qui sont terriblement humains. Loin de tout manichéisme, ils sont profonds, ambivalents, un peu noirs, un peu blancs, ils ont des secrets, des failles, des faiblesses qu’ils souhaiteraient oublier mais que cette triste affaire fait resurgir. Le personnage central est celui de la mère, qui n’a rien d’une héroïne, et dont la personnalité se dévoile peu à peu. Qui est-elle vraiment, qu’a-t-elle fait, de quoi est-elle capable ? Est-elle cette mère courage qu’elle incarne si bien ou un monstre prêt à tuer un de ses enfants ? Ce qui est certain, c’est qu’elle est bien plus complexe que ne le laisse paraître son allure et sa façon de vivre, bien plus intelligente et manipulatrice que son mari, assez monolithique mais aimant. Ce qui apparaît petit à petit, c’est qu’il ne sait pas qui est sa femme.

En parallèle, le lecteur de Tu ne jugeras point suit parfois le juge Conrad qui visite sa mère agonisante et découvre lui aussi que cette femme avait des secrets et n’était pas celle qu’elle semblait être, ou pas seulement.

L’ambiguïté des personnalités est ici palpable, très bien amenée et permet une intrigue avec un rebondissement final inattendu. Aucun course poursuite, pas de crime sanglant, ni d’enquêteur déprimé-imbibé-divorcé : juste des gens banals, dans une situation très réaliste, analysés avec finesse et pertinence. Ça se lit sans faiblir, en une journée et ça donne envie de lire d’autres livres de cet auteur belge.

Armel Job sur Tête de lecture

 

Tu ne jugeras point

Armel Job
Robert Laffont, 2009
ISBN : 978-2-221-11232-8 – 284 pages – 19 €

 

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