
Diane a quarante-huit ans, de beaux et grands enfants, une maison, un mari, un travail. Et voilà qu’un jour le mari dit que c’est fini. Sans préambule il part, pour une autre, une plus jeune. Pour Diane, c’est la fin du monde, la fin de son monde et le début d’une remise en question.
Marie-Renée Lavoie décide de faire de ce séisme une comédie. La douleur de Diane est bien là, très présente et émouvante. Mais ce qui l’emporte c’est l’humour des situations qui passe par une langue française hyper dynamique qui vue d’ici est quasi réinventée : le québécois.
Ce qu’on lit, c’est bien sûr la descente de Diane mais surtout ses efforts pour ne pas sombrer. Elle est portée par son amie Claudine qui quelques mois avant a elle aussi vu son mari partir. Claudine porte Diane à bout de bras, lui tient la tête hors de l’eau. Il faut que Diane ne se regarde plus comme cette femme plate (à savoir sans relief ni saveur) qu’elle croit être et avoir toujours été.
Elle pense que son mari est parti par sa faute, alors qu’il est parti parce que c’est la vie. Presque cinquantenaire, elle découvre que le mariage n’est qu’illusion et que le rêve est fini.
On s’est aimés comme personne, évidemment. On s’est mariés pour toujours, comme tout le monde.
Claudine décide de lui faire comprendre qu’il n’est pourtant pas impossible de rêver encore. Pour ça, elle mise sur le frenchage, le flirt qui doit redonner à Diane l’envie de plaire, d’aller vers l’autre, d’être celle qu’elle est et non plus celle qu’elle a été. Sa cible, ce sera Ji-Pi qui travaille avec elle. Non pas pour le séduire, mais pour qu’elle comprenne qu’elle est toujours digne d’attention. Le flirt c’est bon pour l’ego, c’est bon pour la vie :
c’est inoffensif comme une tasse d’eau chaude au citron, mais ça fait du bien.
Marie-Renée Lavoie passe au karcher tous les poncifs sur les femmes, le divorce, la famille, le regard des autres. Diane sait tout ce qu’il faut savoir sur la fidélité des hommes, le féminisme et le discours ambiant mais rien n’y fait. Elle souffre et ne s’en sort pas. Alors elle casse les meubles (scènes réjouissantes) et court pieds nus (en « pieds de bas« ) au boulot.
Les deux pieds dans la bouse de ma vie qui s’effritait comme une gaufrette, je me suis laissé avaler.
Quand elle comprend que son mari ne l’aime plus, elle en veut à la société et au mariage de lui avoir fait croire pendant vingt-cinq ans au mirage. Et elle s’en veut d’y avoir cru.
La Terre compte plus d’enfants nés avec un sixième doigt de main ou de pied que de couples qui ont vécu véritablement heureux, ensemble, toute leur vie. Cette excroissance est présentée par la science comme une « anomalie exceptionnelle » alors que le mariage est encore une institution pilier de notre société.
Autopsie d’une femme plate est un roman plein d’énergie qui raconte comment Diane a survivé à la rupture (cf. Gloria Gaynor…). Marie-Renée Lavoie mise sur l’humour et sur la langue pour nous rendre crédible cette femme qui n’est pas une battante, juste une femme comme les autres.
Quand le mari de mon amie Claudine l’a quittée pour une de ses étudiantes, ce n’était pas ce qu’elle croyait non plus : « C’est une fille brillante, elle a lu tout Heidegger ! » Pas sa faute, au beau Philippe, Heidegger avait éjaculé dans le cerveau bien ferme d’une de ses étudiantes, et ça lui avait conféré une aura irrésistible. Qui est Heidegger ? On s’en fout. Et Claudine s’en contre-torche tellement d’Heidegger, qu’elle a mis la main sur une collection de ses ouvrages pour allumer ses feux de foyer et tapisser le fond de la litière de ses chats. Avec le temps, l’image de la nénette au cerveau farci de phénoménologie heideggerienne s’est agglomérée à celle des boulettes de caca. On fait ce qu’on peut pour se faire du bien.
Peu à peu, Diane sort du marasme et se révèle à elle-même. Elle n’est pas du tout cette femme plate et ennuyeuse qu’elle croyait être, que vingt-cinq ans de mariage avait fabriqué. Elle est drôle, volontaire, attirante, bref, bien plus vivante que ne lui assurait le miroir matrimonial. De la rupture naît une autre femme, bien plus vivante.
Ainsi l’auteur transforme une histoire archi rebattue et un scénario éculé en roman drôle et dynamique qui règle son compte aux conventions sociales et au mariage. On est parfois pas loin de la caricature mais les nombreux dialogues, le savoureux québécois et le style percutant sortent le roman de tous les pièges.
Marie-Renée Lavoie a donné une suite à ce roman.
Autopsie d’une femme plate
Marie-Renée Lavoie
XYZ, 2017
ISBN (ebook) : 978-2-89772-056-8 – 168 pages
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