La vérité n'aura pas lieu de Frédéric Viguier

Gisèle Chabaud demande au narrateur, un écrivain en panne d’inspiration, d’écrire sur son fils qui s’est suicidé après qu’on l’a, dit-elle, faussement accusé d’attouchements sur mineure. Son fils était innocent, ce sont les policiers qui au cours d’un interrogatoire l’ont poussé à se donner la mort. Le fait divers n’a pas fait beaucoup de bruit mais Gisèle Chabaud souhaite restituer la vérité. Il est convenu que l’écrivain fera le nègre et qu’elle signera le texte de son nom. La commanditaire sait précisément ce qu’elle veut. Le romancier qui a besoin d’argent accepte de mauvaise grâce.

La lecture de ce roman est assez étrange. Tout le début relatif à la mère qui demande à l’écrivain d’écrire un roman pour témoigner du martyr de son fils est à mon avis un peu trop longue. Mais elle pose bien le personnage de l’écrivain mal à l’aise puis de plus en plus sûr de lui, et l’on comprend plus tard que c’est bien lui qui est important dans le roman de Frédéric Viguier. On lit des dépositions puis le témoignage d’Alice, la femme de Sylvain et de leur fille Cassandra. Tous ces textes forment le matériau que l’écrivain doit utiliser pour travailler. Alice (de façon peu vraisemblable mais ce n’est pas ce qui importe) a écrit au jour le jour ce qui s’est passé entre le moment où elle est convoquée au commissariat et celui où elle apprend la mort de son mari. Quant au texte de Cassandra à la première personne, il donne son point de vue sans grande révélation. Alors pourquoi cette histoire contée par différents protagonistes ?

Je pense qu’il va être difficile d’expliquer mon avis sans dévoiler la toute fin du roman, l’ultime phrase qui fait que le lecteur comprend quelle vérité n’aura pas lieu. Je vais m’en tenir à des généralités.

Viguier met en scène un personnage d’écrivain qui, s’il n’a pas de nom, lui ressemble beaucoup puisqu’il a écrit des livres qui portent les titres des siens. Cet écrivain tire le diable par la queue, c’est pourquoi il accepte d’écrire le livre qu’on lui demande. Il s’imagine en Truman Capote, révélant la Vérité au monde entier. Il lit les dépositions faites au commissariat, les textes d’Alice et Cassandra et entre ainsi dans l’intimité de la famille. D’une famille qu’il ne connaît pas.

Peu à peu il se fait un film, celui qu’il va raconter et qui sera la vérité sur l’affaire Chabaud, ce que le grand public en saura. Il est très content de lui, content de s’être affranchi de la tutelle de la vieille dame autoritaire, content d’avoir tout compris au drame d’une famille.

Frédéric Viguier s’empare de l’engouement des écrivains pour les faits divers et pointe du doigt les dégâts qu’ils peuvent causer, en toute bonne foi. Ils ne peuvent pas savoir, ils peuvent interpréter des gestes, des faits mais pas comprendre des intentions ou des sentiments, encore moins l’histoire familiale. Tout simplement parce qu’ils n’ont pas en main les non dits et les secrets.

Il n’y a donc qu’à la toute fin que l’on comprend pourquoi l’auteur insiste tant sur la figure de l’écrivain écrivant, sur son travail, sa situation économique, ses méthodes, son assurance, son auto satisfaction. C’est en quelque sorte une leçon à tous ses confrères qui s’emparent d’un fait divers dont les protagonistes sont toujours vivants et qui en plus du drame vécu doivent vivre avec les élucubrations des uns et des autres qui peuvent être destructrices. Des élucubrations justifiées par la création, le droit d’écrire et de faire œuvre… L’auteur montre ici que tout est plus complexe.

 

La vérité n’aura pas lieu

Frédéric Viguier
Plon, 2023
ISBN : 978-2-259-31700-9 – 350 pages – 21,90 €

 

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22 réponses à « La vérité n’aura pas lieu de Frédéric Viguier »

  1. luocine
  2. je lis je blogue
  3. gambadou
  4. Magali Vaugier

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