
Voici le premier volume d’une série 100 % bretonne qui compte à ce jour 62 volumes. Mary Lester est née sous la plume de Jean Failler en 1992 (fin de rédaction de ce premier volume). Elle a derrière elle un grand nombre d’enquêtes mais pas trente années de service puisque l’auteur a choisi de ne pas la faire vieillir. Dans Les bruines de Lanester, elle est inspecteur (eh oui…) stagiaire dans la banlieue de Lorient.
Et elle s’ennuie ferme. Elle a droit aux chiens écrasés, aux statistiques et au mépris de son supérieur, l’inspecteur Amédéo, sale macho. Alors quand Aimable Maugracieux vient signaler la découverte du corps de Maurice Toussaint, voilà qui change un peu. Mais Amédéo déclare que ce clochard s’est noyé, Mary n’a qu’à retourner à ses statistiques. Quand la femme du directeur du supermarché signale l’absence de son mari depuis trois jours, nouvel espoir pour Mary. Aussitôt balayé par Amédéo : il a fait une fugue, pas de doute. Quand des petits loubards de quartier sont arrêtés pour vol de camionnette, Mary qui menait l’interrogatoire d’un des adolescents se le voit retirer par son cher chef.
Elle fulmine Mary, mais que peut-elle contre sa hiérarchie ? Eh bien elle va fureter toute seule à droite à gauche et finit par faire des liens entre ces trois affaires. Pas question de rester enfermée dans son commissariat de quartier. Ce qui n’est bien sûr pas du goût de tous…
On oublie les couchers de soleil sur la mer, le bruit des vagues et les goélands. Jean Failler ne donne pas dans la Bretagne de carte postale mais dans la réalité du quotidien. Parce que des gens vivent en Bretagne quand il n’y a plus de touristes, mais oui ! Il y a des clodos sous les ponts, des voleurs, des assassins et souvent, il faut bien l’avouer, un temps pourri à souhait.
Ce premier volume a parfois des accents de comédie de boulevard avec des personnages assez stéréotypés. Mais finalement, pas tant que ça, comme on s’en rend compte à la fin. Jean Failler choisit de faire parler son héroïne comme un camionneur, pourquoi pas… Je ne sais bien sûr pas si ce qui est décrit ressemble de près ou de loin à la réalité du commissariat de Lorient. J’en doute un peu. Mais on peut déjà constater dans ce premier volume que la réalité sociale est bien présente, ainsi que la violence entre individus. Et un certain féminisme, il faut bien le dire, en tout cas, Failler a la dent dure contre les machos.
Pourtant, un article du Monde en 2014 explique : « L’année suivante [1994] naît Mary Lester, dans une pièce commandée par la ville de Lanester, près de Lorient. Le personnage principal, un inspecteur, se nommait Robert Le Ster (la rivière en breton). Mais comme dans la troupe devant jouer la pièce il n’y avait que des filles, l’ami Jean transforma Robert en Mary (l’actrice avait l’air anglaise…). Le hasard, une coquille dans le programme, fit le reste, transformant Le Ster en Lester. » Aujourd’hui, pour chaque livre mettant en scène Mary Lester, le premier tirage est de 40 000 exemplaires. Et il s’en vend 30 000 exemplaires le premier mois. Mary Lester est un véritable phénomène en Bretagne.
Les bruines de Lanester
Jean Failler
Palémon, 1998
ISBN : 978-2-907572-12-5- 174 pages – 8 €
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