
Les éditions Gallmeister vont voir ailleurs si l’herbe est plus noire. Et il s’avère qu’en Sardaigne, elles ont trouvé un candidat de taille : L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi n’a rien à envier au roman noir américain, ni même au rural noir à la française question sinistre.
Le roman se distingue d’abord, et avant tout me semble-t-il, par son duo d’enquêtrices. Pour ma part, je n’en avalerai pas trois tomes de suite, mais elles sortent de l’ordinaire, c’est certain. Mara Rais est sarde. Très élégante et féminine, elle jure comme un charretier dès qu’elle ouvre la bouche : la vulgarité faite femme. Comme elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle a été rétrogradée quand elle l’a ouvert pour dénoncer un supérieur tripoteur. Elle est désormais en charge des affaires classées, au sous-sol de la questure. Eva Croce est milanaise, rétrogradée elle aussi suite à un pétage de plombs. Elle débarque à Cagliari et doit faire équipe avec Mara Rais. Son look a elle : rangers et blouson noir.
Rais vient d’hériter d’un vieux dossier qui fait marrer tout le monde : une histoire de sacrifices rituels. Un vieil inspecteur très malade persécute tout le service avec cette histoire de deux inconnues retrouver morte à onze ans d’intervalle a priori dans le cadre de cérémonies sacrificielles. On dit qu’il débloque le vieux, mais comme il va passer l’arme à gauche, ça serait bien que quelqu’un lui fasse l’aumône d’une petite enquête. Qui ça ? Rais et Croce. Elles préféreraient s’occuper du cas d’une jeune femme portée disparue, Dolores Murgia, mais on ne leur demande pas leurs avis.
L’île des âmes est un bon roman noir même s’il est finalement assez classique. Bien sûr, le vieux toqué que personne n’écoutait doit être pris au sérieux, Dolores va mourir, d’autres aussi et la noirceur de l’âme humaine est sans fond… Sur la forme, j’ai trouvé la mise en place assez longue. Sans doute parce que la façon dont Mara Rais s’exprime m’a rapidement lassée. Sa vulgarité, doublée donc par celle de sa nouvelle collègue, ne me fait pas rire, ni même sourire. Je ne vois pas l’utilité des « va te faire foutre » à chaque page.
Piergiorgio Pulixi s’applique à construire des personnages tourmentés dont il ne dévoile le passé que petit à petit. Ces femmes-là sont abîmées par la vie, elles ont de la consistance et leurs parcours sont aussi importants que l’intrigue autour du meurtre et de la disparition de Dolores. Leurs échanges ne sont que joutes verbales vulgaires, et je dois dire que j’ai trouvé ça long.
La vraie originalité de ce roman, c’est la Sardaigne en particulier la Barbagia. On découvre la civilisation nuragique de l’âge du bronze et les traces qu’elle a laissées sur le paysage et surtout sur les habitants. Car intercalés entre ceux concernant l’enquête et la vie privée des femmes flics, on lit des chapitres consacrés aux Ladu, une famille aussi vieille que l’île, gardienne de la déesse mère. On sent les autochtones enracinés, violents et soudés. Des gars pas drôles qui errent comme des fantômes, ou des assassins, et sont déterminés à préserver les traditions. Surtout les plus antiques et les plus sanglantes.
Ces ingrédients hétéroclites prennent plutôt bien, on tourne les pages pour savoir ce qu’il en est de ces femmes flics, de ces crimes rituels et de la compromission en Sardaigne. Les courts chapitres compensent la longueur de certains passages et dynamisent la lecture. L’auteur abuse sans doute des fins de chapitre en cliffhanger.
Au final, on reste quand même sur sa faim côté crimes rituels, non ? La résolution de l’affaire Dolores par contre, est inattendue.
Un autre avis chez Aleslire et Je lis, je blogue.
L’île des âmes
Piergiorgio Pulixi traduit de l’italien par Anatole Pons Reumaux
Gallmeister, 2021
ISBN : 978-2-35178-249-1 – 536 pages – 25,80 €
L’isola delle anime, parution originale : 2019
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