
Je n’ai pas aimé le roman de Martin Amis, La zone d’intérêt lu au moment de sa parution en France accompagnée d’une polémique. C’était prétendument une farce sur Auschwitz, façon Monthy Python. Je n’ai rien contre a priori, sauf que je n’ai pas trouvé ça drôle du tout.
J’étais donc très curieuse de son adaptation au cinéma. Un film a toujours plus d’impact qu’un livre alors je me demandais ce que cette farce ratée orientée sur les dépravations sexuelles des uns et des autres allait donner à l’écran. J’ai su rapidement que le film ne conservait du livre que le titre et le sujet général : la vie d’une famille nazie vivant dans une maison contiguë au camp d’extermination polonais.
Malheureusement, ce film ne m’a pas plu non plus. Pour la simple raison qu’il aurait fait un excellent court métrage mais que sur 1 heure 45, c’est un supplice. Il ne se passe strictement rien de plus que ce qu’on voit dans le premier quart d’heure. Tout y est dit : la famille du dirigeant du camp vit dans le luxe et l’insouciance juste à côté des baraquements. Comme eux, le spectateur ne voit pas ce qui se passe de l’autre côté du mur mais comme eux, il entend : les coups de feu, les aboiements des chiens, les cris, les trains. Et il voit les fumées noires qui s’échappent des cheminées. Manque plus que l’odeur de chair grillée… Or, si le spectateur est perturbé, la famille vit tout à fait sereinement dans son petit univers ripoliné.
Alors que Martin Amis employait des pseudonymes, il s’agit bien ici de la famille de Rudolf Höss : monsieur, madame et leurs cinq enfants qui font tous comme s’il ne se passait rien. Madame cultive son superbe jardin, monsieur aime son cheval, les enfants jouent et tous vont se baigner dans la rivière toute proche. Il faut parfois en sortir bien vite car elle charrie de désagréables restes humains mal brûlés.
Et c’est tout. Et c’est long.
C’est beau aussi, indéniablement. Les couleurs sont superbes, d’une précision et d’une clarté éblouissantes. Mais ça ne suffit vraiment pas à maintenir l’attention. Monsieur est bien à un moment muté ailleurs, une promotion dans un autre camp, mais les scènes de réunions avec d’autres dignitaires nazis tombent comme des cheveux sur la soupe et on se demande ce qu’elles viennent faire dans l’économie du film.
De même pour des scènes que je qualifierais d’hallucinantes et que je n’ai pas comprises. On y voit une petite fille en négatif qui ramasse probablement des pommes et les dépose probablement à un endroit où viendront les déportés. Qui est-elle ? Pourquoi fait-elle ça ? Est-elle réelle ou rêvée par un membre de la famille ? Lequel ? Bref, comme on n’y comprend rien, je ne vois pas à quoi elle sert.
Le seul personnage un peu normal est celui de la mère de madame. Elle est d’abord ravie de la réussite de sa fille (qualifiée de « reine d’Auschwitz » par son mari) puis la fumée la fait tiquer. La nuit venue, elle n’entend plus que les cris fuit en vitesse cette maison de fous sans prévenir.
L’absence de réactions des autres, leur insensibilité est au coeur du film mais pourquoi en faire 1 heure 45 ? On se lasse de voir ces cinglés déambuler, être heureux et prospères comme si de rien n’était. On aurait bien voulu une histoire, un début de quelque chose, pas seulement un beau film sur des monstres humains.
La zone d’intérêt nous pose en spectateurs mais ne nous aide en rien à appréhender ces gens. Toutes ces belles images ne permettent pas de comprendre comment cette famille est ce qu’elle est, comment ces enfants peuvent faire comme s’ils n’entendaient rien. Et à mon avis, c’est un problème car au final, ce film n’apporte rien. C’est un exercice esthétique, porté par une musique adaptée mais pénible à la longue. En choisissant de représenter les criminels comme des gens inoffensifs et normaux dans leur quotidien, ce film ne fait pas avancer la réflexion sur la Shoah car il n’aide pas à comprendre ni même à réfléchir. Qu’est-ce que la mise en œuvre de la solution finale a eu comme conséquences sur les bourreaux et leurs familles ? On ne le sait pas et on aimerait avoir des éléments de réponse…
Pascale du blog Sur la route du cinéma est exactement du même avis que moi.
La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer
Avec Christian Friedel, Sandra Hüller, Johann Karthaus
Sortie nationale : 31 janvier 2024 – Durée : 1 h 45
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