Jim de François Schuiten

Curieusement, alors que j’ai toujours eu des chats et que je n’aime pas beaucoup les chiens, je lis ces derniers temps beaucoup de livres concernant ces derniers. Peut-être est-ce parce que j’ai envie d’en savoir plus sur la relation hommes/chiens alors que je connais assez bien les chats pour les fréquenter au quotidien. Voyons ce qu’il en est dans Jim de François Schuiten.

Pour moi le chien est baveux, malodorant, bêtement fidèle et surtout potentiellement dangereux. Il semblerait que ces clichés ne concernent en rien Jim, le chien de François Schuiten (ni le vôtre, bien sûr…). Ou plutôt son ex-chien puisque le célèbre bédéiste belge publie ce volume suite au décès de son fidèle compagnon. Treize ans de vie commune, de nombreux dessins. Mais ceux de ce recueil ont été dessinés après la mort du clébard.

A l’aide de quelques traits de crayon ou de pinceau et d’une grande sensibilité, François Schuiten dessine l’absence et la douleur de la perte. Il retrace les instants privilégiés avec son compagnon et sonde « ces espaces si intimes qu’il a occupés« . Quelques lignes accompagnent chaque dessin, au présent d’abord tant le deuil est impossible. Malgré son absence, le chien est toujours là. Il est partout dans la maison et les souvenirs, mais le plus douloureux est qu’il n’est pas vraiment là. Seul son fantôme subsiste.

François Schuiten sait bien que la douleur est d’autant plus grande qu’il accordait une place considérable à cet animal. Mais pourquoi pas ? Et pourquoi ? Pourquoi aujourd’hui investissons-nous ainsi des animaux ? Ce n’est pas par amour du genre animal en général puisque de très nombreux passionnés de chiens et de chats mangent des lapins, des agneaux et même des chevaux. Sans doute ne mangeraient-ils pas les leurs, bien qu’il existe encore des gens qui élèvent les animaux qu’ils mangent. Mais la relation à un chat ou un chien est autre. Ils sont amis, confidents, plus amis et plus confidents que des êtres humains parfois. Mais l’essentiel je crois, malgré toutes les plaisanteries qu’on véhicule sur l’asservissement de l’être humain par son chat ou son chien, est que l’humain domine la relation (c’est lui qui donne à manger) et dans une conversation, il a toujours raison…

Que l’on soit pro-chat ou pro-chien, Jim touche le coeur du lecteur car il remue la corde de l’attachement entre l’être humain et l’animal. Aimer un animal indéfectiblement et le perdre est un déchirement qui peut laisser sceptiques les indifférents aux animaux : certains préféreraient les animaux aux gens ? Ce n’est ni étonnant ni malsain car certains êtres humains sont détestables. Et perdre son chien ou son chat c’est perdre un être vivant qu’on aime au quotidien. C’est à la fois triste et beau d’ouvrir sa sensibilité à des formes de vie autres qu’humaines. Personnellement, j’aimerais que cette sensibilité aux animaux fonctionne sans le truchement de la proximité et de l’attachement pour qu’elle s’étende aux vaches, aux moutons, aux cochons… qui ne sont malheureusement pas aussi affectueux qu’un chat ou qu’un chien mais qui eux non plus ne veulent pas souffrir.

François Schuiten exprime sa peine grâce au dessin, ce que beaucoup d’entre nous ne peuvent pas faire. Pour cet artiste, c’est une thérapie. Il n’est pas condamné à pleurer en regardant des photos. Il crée quelque chose, il exorcise cette peine et lui donne corps à travers une oeuvre. Pour autant, elle sera toujours là : l’album ne comblera pas l’absence. Et en sublimant le souvenir, dans tous les sens du terme, il nous permet à nous qui n’avons pas connu ce chien, d’être émus et donc plus humains.

François Schuiten sur Tête de lecture

Jim

François Schuiten
Rue de Sèvres, 2023
ISBN : 978-2-8102-0674-2 – 124 pages – 16 €





24 responses to “Jim de François Schuiten”

  1. aifelle
  2. je lis je blogue
  3. keisha41
  4. sylire

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