Le propre de l'homme de Robert Merle

Edmund Dale, un anthropologue américain et sa femme française Suzy adoptent un bébé chimpanzé femelle à sa naissance. Ils ont accepté d’élever celle qu’ils baptisent Chloé, rejetée par sa mère. Comme d’autres scientifiques à l’époque, Dale décide d’apprendre à Chloé l’ameslan, le langage des signes. Elle est élevée au sein de la famille qui compte trois enfants de mariages précédents, deux domestiques mexicains, une nurse muette engagée pour veiller sur Chloé et un bébé humain de son âge. Il y a aussi un chien et un chat.

Le lecteur suit toute la petite enfance de Chloé et les efforts de ses parents adoptifs pour l’humaniser. La petite est très indisciplinée mais aussi très attachante. Elle demande beaucoup d’attention et d’amour. Les Dale sont dévoués à la cause et très soucieux de ses progrès.

Le propre de l’homme est un roman intéressant mais aussi très questionnant. La cohabitation entre la famille Dale et la chimpazée est l’objet de nombreuses descriptions très précises. Chaque membre de la maisonnée noue des relations différentes avec Chloé que par exemple la cuisinière espagnole considère comme un sale singe. Dans la dernière partie du roman, il est également question du ressenti du voisinage qui est loin d’être unanime, notamment quand Chloé grandit et que sa force physique augmente, mais pas son obéissance.

Les capacités que Robert Merle prête à Chloé sont fantaisistes car aucun chimpanzé n’a atteint un tel niveau dans la communication non verbale ni par exemple dans la perception du temps. Il met en scène une Chloé triste quand elle comprend qu’elle est différente, et même laide. Mais ses émotions sont analysées en essayant de les comprendre. Mais souvent, Dale pense pour Chloé, il interprète avec sa perception les réactions animales.

La terminologie m’a parfois étonnée. Par exemple, alors que Dale se rend à un congrès, l’organisateur présente les débats ainsi :

Notre but étant de débattre d’une question délicate qui divise, et qui divisera peut-être durablement, la communauté scientifique. Cette question, la voici : les primates sont-ils, ou ne sont-ils pas, capables de parler un langage ?

Les bras m’en tombent et sans doute vous aussi puisque depuis Linné au 18e siècle, l’homme est classé comme un primate. Donc évidemment que certains primates peuvent parler, cette formulation est très étrange. D’autant plus que Merle conclut son roman en disant que l’homme est un primate parvenu…

D’autre part, même si les Dale aiment sincèrement Chloé, elle est quand même un objet d’études. Ce qui me choque beaucoup c’est qu’ils l’habillent comme une enfant et qu’ils attendent d’elle qu’elle se conduise comme un être humain puisqu’elle vit avec eux, dans leur maison. Ils ne cherchent pas seulement à lui apprendre à parler, ils cherchent à en faire un être humain. Chloé n’a souvent pas envie d’apprendre, elle est rétive et eux interprètent ça comme de la mauvaise volonté. Ils ne remettent pas en cause leur protocole d’études qui fait vivre cet animal sauvage avec des chaussures… ils aiment indubitablement Chloé mais à travers le prisme de l’être humain. Ils ne la pensent pas d’abord comme un être vivant à respecter et lui imposent leur volonté. Le bien être animal n’est pas leur préoccupation. Cependant bien sûr, l’autre option pour la chimpanzée orpheline était de passer sa vie derrière les barreaux d’un zoo, ce qui ne vaut guère mieux.

C’est donc tout à fait intéressant de découvrir ce monde de scientifiques qui travaillent sur l’animal sans au final le respecter. Pourquoi apprendre à un chimpanzé à parler un langage humain, même non articulé ? Quel bien cela fait-il aux chimpanzés ? Les recherches ont évolué depuis et certains chercheurs étudient le langage propre aux chimpanzés, leur système de communication fait de cris combinés à l’ouïe, l’odorat, la vue et le toucher. Pour ça ils vont en Afrique et les écoutent. Ceux-là n’ont pas la volonté d’imposer un savoir et une domination, mais d’étudier l’Autre.

Robert Merle sur Tête de lecture

 

Le propre de l’homme

Robert Merle
Le Livre de Poche, 2001 (première édition : 1989)
ISBN : 2-253-05603-0 – 407 pages – épuisé dans cette édition

 

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25 réponses à « Le propre de l’homme de Robert Merle »

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