
Connaissez-vous l’inspecteur Pendergast ? Aloysius Pendergast ? Non ? Rien n’est perdu… C’est un inspecteur résolument différent, suranné je dirais. Pendergast s’intéresse au bizarre, boit de l’absinthe et s’exprime comme dans un livre. Il est redoutablement intelligent et énigmatique. Il a un faible pour le Museum d’histoire naturelle de New York et dans Le cabinet du Dr Leng, il va encore en être question.
Trois fils narratifs se partagent cette vingt-et-unième enquête, qui est en fait vingt-et-demi, j’y reviendrai. Il vaut sans doute mieux avoir lu les précédentes car il est souvent fait mention des relations entre Pendergast et les autres personnages. A savoir Constance Greene, sa pupille, l’inspecteur Coldmoon du FBI et l’inspecteur D’Agosta de la police de New York. Mais aussi son frère Diogène et le docteur Leng. Mais il peut aussi se lire seul car les informations fournies permettent de les comprendre.
Quand débute Le cabinet du docteur Leng, Constance vient d’utiliser une machine à remonter le temps pour se rendre en 1880. Elle avait à l’époque 9 ans (bien qu’elle en ait 25 en 2023…) et c’était une orpheline mendiante des rues. Son frère Joe faisait un séjour en maison de correction et sa sœur Mary était recueillie par un certain docteur Leng. Ce docteur travaillait alors à un élixir d’éternité en prélevant sur ses victimes certains de leurs organes. Mary fut l’une d’elles. Constance aussi mais d’une autre façon. Constance a donc décidé de se rendre en 1880 pour empêcher Leng de tuer sa sœur. Et pour recueillir Constance enfant (donc elle-même) pour qu’elle ne soit pas victime des manipulations du docteur. Se faisant passer pour un duchesse, elle s’installe à New York.
Elle ne change pas le passé car elle rejoint un espace temps différent, un autre passé possible par rapport à celui qu’elle a connu.
En 2023, Pendergast est désespéré par le départ de Constance, qui est peut-être plus que sa pupille. Il voudrait la rejoindre car il sait le docteur Leng très dangereux. C’est le tueur en série le plus sadique qu’il ait connu (dans une enquête précédente, donc) et à l’occasion, son ancêtre. Mais la machine utilisée par Constance est hors d’usage. Il engage donc pour une somme colossale un ingénieur misanthrope qui accepte de lui bricoler son engin en deux semaines : Pendergast va-t-il pouvoir rejoindre Constance ?
Parallèlement, on suit l’inspecteur D’Agosta qui enquête sur le meurtre d’un conservateur du Muséum d’histoire naturelle : il a été retrouvé mort dans un congélateur. Il s’occupait particulièrement des objets anciens du peuple lakota. L’inspecteur Coldmoon du FBI enquête quant à lui sur la mort d’un sculpteur spécialisé dans les objets amérindiens. L’enquête de Coldmoon se résout de façon un peu trop simple à ses yeux. Les deux enquêtes vont se rejoindre et les deux inspecteurs se rencontrer. Ils découvrent qu’ils ont tous deux été les collègues de Pendergast.
Mais au fait, quel est le lien avec l’histoire de Constance dans le New York de 1880 ?
Vous n’aurez pas manqué de remarquer que Le cabinet du docteur Leng comporte un élément science-fictif : le voyage dans le temps. Il est surtout prétexte à un retour dans l’histoire de la jeune Constance. Et il faut savoir que toutes les enquêtes de l’inspecteur Pendergast comportent leur dose de surnaturel puisqu’il est ce qu’on appelle un détective de l’étrange.
Je suivais donc bon train les diverses enquêtes me demandant comment l’intrigue autour des amérindiens allait rejoindre le passé de Constance et son sinistre savant fou. Me voyant à grands pas approcher de la fin (71 chapitres quand même), alors que l’aventure battait son plein, je me demandais bien comment les auteurs allaient résoudre toutes ces intrigues en si peu de pages. Pas un coup de baguette magique tout de même ! Et plus j’avançais, plus ça se compliquait et plus le nombre de pages restant s’amincissait.
Et vous savez quoi ? Le soixante-et-onzième se termine sur : à suivre ! Ah, mais non, c’est trop injuste ! Pourquoi la couverture indique-t-elle « Une enquête de l’inspecteur Pendergast » alors qu’il s’agit d’une demi-enquête ? Je suis déçue parce que cette histoire est prenante et qu’il reste de nombreuses zones d’ombres à éclaircir. Et parce que j’aime bien ce Pendergast qui est vraiment atypique, excentrique, intelligent, très old school. Les intrigues sur lesquelles il travaille sont complexes et denses. Tout comme les personnages qui l’entourent et ne font pas de la figuration.
Dans ce volume, Constance lui vole la vedette. Son installation à New York, les relations qu’elle crée dans la très haute société, ses tentatives pour approcher ses frère et sœur et sa peine forment au moins la moitié du volume et s’apparentent à un bon roman historique dans le New York de la fin du XIXe siècle. Beaucoup de détails font revivre cette ville et ses quartiers pauvres, alors que les voitures à cheval la sillonnent encore et que les buildings n’ont pas fait leur apparition.
J’y ai quand même trouvé une boulette. Constance se présente à une jeune fille et déclare venir de Transylvanie. Elle lui demande si elle a lu ce livre situé dans cette région et qui parle du premier vampire. Dommage, car Dracula a été publié en 1897 et elles ne pouvaient donc pas l’avoir lu (Constance oui, qui vient du futur (mais son personnage de duchesse est trop bien étudié pour qu’elle fasse ce genre d’erreur), mais pas la jeune fille).
Beaucoup de mystères, d’étrangetés, de descriptions mais aussi d’aventures et de rebondissements font de cette série un agréable divertissement que j’aime retrouver de temps en temps. Il serait sans doute préférable de lire les tomes les uns derrière les autres pour apprécier toutes les interactions entre les divers personnages, mais le plaisir est quand même là. On trouve une bonne présentation du personnage et de la série sur Wikipédia.
J’ai audiolu ce roman lu par Stéphane Cornicard.
Douglas Preston et Lincoln Child sur Tête de lecture
Le cabinet du docteur Leng
Douglas Preston et Lincoln Child traduits de l’anglais (américain) par Sébastian Danchin
L’Archipel, 2023
ISBN : 978-2-8098-4758-1 – 486 pages – 24 €
The cabinet of Dr Leng, parution originale : 2023
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