
Et si les robots décidaient que maintenant, ça suffit… Les lois d’Asimov qui les contraignent à être bienveillants à l’égard des humains se révèlent un carcan dont certains souhaitent s’affranchir. D’autant plus qu’ils sont désormais assez autonomes pour « vivre » indépendamment de leurs créateurs. Le jour zéro est donc celui où les robots de tous horizons et de toutes fonctions prennent leur indépendance. Dans le sang et les larmes.
Hopi, narrateur de cette histoire, est un robot nounou qui ressemble un tigre. En peluche mais très perfectionné. Un jour, il découvre au grenier la boîte dans laquelle il a été livré… et comprend qu’il y retournera, quand Ezra, le petit garçon auquel il appartient, devenu grand, n’aura donc plus besoin de lui. Car il n’est qu’une chose. Mais est-ce si sûr ?
Hopi est tout amour et totalement dévoué à Ezra. Clairement, il n’est pas un assemblage de câbles. Car il éprouve des sentiments et a conscience de son identité et de sa finitude. Qu’est-ce qui dès lors le distingue des êtres vivants ? Des êtres vivants pensants et souffrants ? Sa conception en usine, c’est tout. Mais l’important n’est-ce pas Hopi plutôt que sa nature ?
En ce jour zéro, « les trop humains » décident de renverser leurs créateurs. L’intrigue de la première partie est simple et vite résolue : Hopi va-t-il se ranger du côté des robots rebelles ? Ce n’est même pas un suspens tant il est évident qu’il va continuer à protéger Ezra. Mais l’engrenage qui mène à cette révolte de robots et les questions qu’il soulève sont bien amenés : faut-il ou pas libérer les robots ? Ça ressemble bien sûr à faut-il libérer les esclaves. Et c’est clairement ce qu’ils sont puisqu’à travers Hopi le narrateur, on comprend que ce sont des êtres sensibles.
En restant fidèle à Ezra, Hopi doit affronter ses semblables robots qui exterminent les humains ainsi que les robots qui leur restent fidèles. Ils doivent survivre dans un environnement extrêmement hostile : c’est nous les gentils contre le monde entier, comme souvent dans les romans/films américains. Ça castagne donc dur, avec quelques pointes d’émotions ici et là. On en oublie qu’Hopi est un tigre en peluche. Et heureusement car imaginer un tigre en peluche conduisant une voiture et même tirant sur tout ce qui bouge comme un vrai sniper a quelque chose de ridicule (l’adaptation ciné serait un film comique !).
La deuxième partie et son chapelet de scènes d’action ne m’a pas convaincue. J’ai plus apprécié la première, plus intimiste, qui interroge la notion de différence et d’humanité : qui est le semblable de qui ? Qui est inférieur à qui et pourquoi ? Hopi aime-t-il Ezra parce qu’il est programmé pour ? Quid de l’inné et de l’acquis ?
Je ne suis à l’évidence pas assez fan de livres/films d’action pour apprécier pleinement ce roman, préquelle à Un océan de rouille dont je ne sais pas s’il privilégie lui aussi l’action.
Jour zéro
C. Robert Cargill traduit de l’anglais (américain) par Florence Dolisi
Albin Michel (Imaginaire), 2023
ISBN : 978-2-226-47651-7 – 288 pages – 21,90 €
Day Zero, parution originale : 2021
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