Déneiger le ciel d'André Bucher

David, la soixantaine et protagoniste de Déneiger le ciel d’André Bucher, vit seul dans une ferme isolée d’un village des Alpes. Il a acheté une ruine qu’il a retapée de ses mains, patiemment, puis agrandie. Il a son chien, ses chats, ses poules, la forêt et les montagnes. Quand l’hiver survient, la vie se fait un peu plus difficile. Mais il connaît les gestes et ne changerait pour rien au monde de cadre de vie. C’est lui qui d’habitude déneige les rues de la commune avec son tracteur mais cette année, impossible : l’engin est en panne.

Veuf, David s’apprête à passer seul les fêtes de Noël quand celui qu’il considère comme son presque fils, Antoine, l’appelle pour le prévenir de son arrivée en stop. Autant dire à pied avec le temps qu’il fait. Considérant la neige et la nuit qui tombent, David estime qu’Antoine ne trouvera pas le chemin seul. Il décide de le rejoindre à pied. Il s’équipe et sort dans la neige et le froid. Le cheminement se transforme en voyage intérieur et en combat contre les éléments de ce rude hiver montagnard.

L’hiver usait et abusait. Il exténuait les corps, les arbres, les plantes et les animaux. Seules les montagnes lui résistaient et même le vent, son grand complice, était dérouté par elles de sa course, venant emboutir les flancs des vallées.

David pense à sa fille Noémie, mariée puis divorcée. Il pense à ses deux petits-enfants qu’il adore, à une femme qu’il connaît et le réchauffe parfois, à une autre, très jeune qui a disparu il y a longtemps de ça. On ne l’a jamais retrouvée… où est-elle partie ? Vit-elle dans la forêt ? N’est-ce pas elle que David entend au loin, au-delà du souffle du vent ?

Les souvenirs se mêlent aux suppositions, aux regrets et bientôt aux hallucinations. David, pourtant costaud, sent ses forces faiblir. Il a 60 ans et a peut-être présumé de ses forces qui peu à peu l’abandonnent alors que l’hiver ne faiblit jamais.

L’intrigue est mince mais Déneiger le ciel se lit avant tout pour la belle langue d’André Bucher qui se disait poète paysan. Les nombreuses descriptions de la nature sont fines et sensibles. Elle est un vaste être vivant qui en ce soir de décembre resserre son étreinte sur celui qui croyait la connaître. Sans doute y a-t-il un peu/beaucoup d’André Bucher en David.

David, en général, regrettait que la poésie et la magie n’interfèrent pas davantage dans nos actes. Il aimait regarder et lire. Pour lui, la poésie, c’étaient le feu et la lumière intensifiés sur les sentiments, les faits ordinaires.Un éclat particulier les transformait en biens rares et précieux.

Il est beaucoup question de deuil et de solitude qui transforment les êtres, mais rien de larmoyant ou de convenu. Les mots expriment la peine tout simplement.

David se croyait bien placé pour savoir de quelle façon perdure le souvenir d’un être cher. Souvenir à la fois vivace et si fragile. Et comment fermer les yeux, on se mure, plonge dans le mutisme pour ne lui parler en définitive que dans sa tête. On l’entend d’abord en permanence, ensuite, et cela nous est horrible, cette voix insensiblement s’étiole, le souvenir s’altère davantage au fil du temps. Alors, ce qui correspondait à la réalité d’une personne vivante se transforme en imagerie ou en ombre.

Chemin faisant, David vient en aide à des hommes et à des animaux que l’hiver intense met en danger. Il a les mots et les gestes qu’il faut car il porte attention au vivant.

Ce court texte est un voyage intense au coeur d’une nature difficile et d’un homme fatigué par la vie mais toujours attentif. Il parvient à faire de ses angoisses un moment de mélancolie poétique grâce à un lyrisme sans grandiloquence, tout en simplicité.

 

Déneiger le ciel

André Bucher
Sabine Wespieser (Poche), 2015
ISBN : 978-2-84805-197-0 – 146 pages – 8 €

 

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