
Alors que j’allais déposer quelques livres dans la boîte à livres de mon village, je suis tombée sur cette couverture qui a attiré mon regard. Elle m’a rappelé que cette année, grâce au Book Trip en mer, je lis maritime. Albatros de Deborah Scaling Kiley est lourdement sous-titré « la croisière de la peur ». Ce qui m’a légèrement inquiétée quant au contenu. Mais il n’y a pas de surenchère dans l’horreur, le récit de la navigatrice se suffisant à lui-même en matière de naufrage catastrophique.
Car il s’agit d’une histoire vraie, d’un naufragé vécu et raconté comme une thérapie.
Deborah n’est pas une débutante malgré ses 25 ans. Elle a plusieurs transatlantiques à son actif, dont la très fameuse Whitbread. Alors qu’elle a très envie de prendre la mer, elle rencontre John, un skipper qui doit conduire un yacht de 22 mètres, le Trashman, du Maine à Fort Lauderdale en Floride.
C’était un ketch, un deux-mâts élancé, bien équilibré, et dont la tonture avait une courbe gracieuse. La coque était d’un beau vert sapin et il y avait juste ce qu’il fallait de parements de teck pour que le bateau soit élégant sans être d’un entretien trop difficile.
Au niveau de l’accastillage, l’équipement est très moderne. Quant au bateau lui-même, c’est le grand confort.
Tout s’annonce donc pour le mieux. Si ce n’est la négligence, voire la fainéantise avérée du skipper qui préfère en faire le moins possible, et la difficulté à trouver des équipiers. Quand le Trashman appareille enfin, il a à son bord deux femmes (Deborah et Meg, la petite amie de John qui ne connaît rien à la navigation) et trois hommes (John le skipper qui se révèle alcoolique, Brad un ami de la narratrice et son pote Mark, imbuvable connard). La tension entre Deborah et Mark est palpable à bord. La tempête n’arrange rien… Et quand ils se retrouvent tous les cinq dans le canot de sauvetage, loin des côtes et sans aucun moyen de communication, rien ne va plus.
On sait bien sûr que la narratrice se sortira vivante de ce cauchemar, mais les autres ? Et comment survivra-t-elle ? On ne rangera pas ce récit du côté de la grande littérature. Mais il est prenant et assez bref pour ne pas ennuyer. Par contre, équipez-vous d’un dictionnaire des termes de marine ou bien renoncez à tout comprendre.
John se plaça sous le vent, au point d’écoute du foc, et se mit à choquer l’écoute du foc bômé tandis que je tirais sur la bosse d’enrouleur. Pendant que John nouait une autre écoute sur le génois et l’enroulait sur le winch, je me postais à tribord où je commençais à dérouler la bosse d’enrouleur du génois. Il fallait être très vigilante, je le savais, sinon le vent risquait d’attraper le génois et de le dérouler tout d’un coup. Donnant progressivement du mou à la bosse d’enrouleur sur le winch, je la laissai partir doucement, à mesure que John bordait l’écoute.
Cette lecture accompagnant mes insomnies, je ne pouvais décemment pas réveiller mon marin breton pour lui demander de me mimer la scène… j’ai donc imaginé en m’aidant de ma maigre expérience sur catamaran (celui du marin breton en question).
A lire donc si on cherche de l’authentique.
Albatros. La croisière de la peur
Deborah Scaling Kiley traduite de l’anglais (américain) par Katia Holmes
Phébus, 1995
ISBN : 2-85940-372-8 – 207 pages – épuisé dans cette édition
Albatros, parution originale : 1994
Laisser un commentaire