L’animal et son biographe de Stéphanie Hochet

Quelle étrange et belle découverte que ce roman de Stéphanie Hochet, L’animal et son biographe. Je vais vous en raconter l’histoire à ma façon. Car ce qu’en dit la 4e de couverture n’advient qu’après deux tiers du livre. Cette pratique est dommageable pour le lecteur mais aussi très irrespectueuse du travail des auteurs qui construisent leurs romans par dévoilements successifs.

La narratrice est une romancière peu connue dont nous ne saurons pas le nom. Elle a écrit sur l’identité animale au moins deux ouvrages. Durant l’été, elle accepte pour un cachet modique de faire la tournée des campings pour promouvoir son dernier roman dans la région de Cahors. Après la plage ou la randonnée, les vacanciers peuvent avoir envie d’un peu de culture littéraire, qui sait…

Elle est nourrie, logée et bien accueillie dans la première commune par le bibliothécaire qui a parfaitement organisé la rencontre. Un esclandre avec quelques lecteurs durant l’échange qui la suit n’entame pas la bonne humeur. Ni même quelques réflexions qui durant le repas soulignent le pouvoir de censure qu’exercent certains élus à la culture.

La tournée des rencontres se poursuit. Rien n’est vraiment étrange mais certains détails installent une sorte d’angoisse. Elle grandit sans que la narratrice semble en tenir compte. Il y a beaucoup de monde lors de la rencontre suivante, beaucoup de lecteurs très enthousiastes alors qu’elle n’est qu’une romancière inconnue. Il est question de protection animale, d’exploitation, mais aussi de taxidermie et de quantité phénoménale de viande servie au restaurant. Et de L’Organisation dont personne ne veut rien dire de précis. L’étude de mœurs provinciale tourne au suspens psychologique.

Au cours du dîner, elle boit trop (n’a-t-on pas drogué son vin?) et accepte qu’un inconnu la raccompagne à l’hôtel. Elle se réveille au matin dans une grande maison perdue dans la campagne. Un homme et une femme sont à son service, lui est sourd muet. Elle pourrait partir mais pour aller où ? Elle ne pose pas de questions et attend la rencontre suivante. Mais personne ne vient la chercher.

Alors qu’elle reste assez passive, le lecteur s’interroge (même s’il sait ce qui va se passer puisque la 4e de couverture le dévoile). Elle va bientôt rencontrer le maire de Marnas, un être très charismatique et dominateur qui lui vante les mérites de son très étrange musée des espèces, constitué, entre autres, d’animaux empaillés. Chasseur et collectionneur, il a une passion pour l’aurochs, animal préhistorique disparu.

Tout devient franchement inquiétant et pourtant, aucune violence ne s’exerce sur la romancière. Mais elle qui est si réservée, qui ne veut pas déranger, semble incapable d’échapper au piège qui peut-être lui est tendu. Et celui qui jette le filet, c’est le maire bien sûr, homme aussi fascinant qu’inquiétant qui semble la retenir sans la contraindre et bientôt l’entraîne à la chasse.

J’ai aimé l’oppression qui peu à peu s’installe autour de la romancière de plus en plus mal à l’aise sans qu’aucun tort lui soit causé. Elle est captive d’un piège dont elle ne voudra plus sortir. Elle est charmée par ce maire qui la manipule et la domine, comme il domine tout le monde autour de lui. Dans ce labyrinthe dont elle ne peut s’échapper, elle devient sa complice. Le lecteur est captif/captivé lui aussi. Il veut savoir ce qui va advenir de la romancière, libre mais enfermée dans une grande maison trop propre.

J’ai aussi aimé entrer dans l’arrière-boutique des écrivains qui partent en tournée de signatures. Parce que vivre de la seule vente de ses livres n’est possible qu’à de rares auteurs à succès. Ils passent des journées désoeuvrées pour une heure de rencontre parfois peu édifiante. Ils entendent sans cesse les mêmes discours sur la culture et la lecture.

L’air de rien, Stéphanie Hochet prend son lecteur par la main et l’entraîne à la suite de sa narratrice trop naïve. Le regard légèrement sarcastique de départ laisse place à un vrai suspens qu’on ne lâche pas avant de savoir si le Minotaure la dévorera toute crue.

 

L’animal et son biographe

Stéphanie Hochet
Rivages, 2017
ISBN : 978-2-7436-3961-7 – 190 pages – 18 €

 

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