Les Vertuoses de Susie Morgenstern et Emma Gauthier

Un détour pour découvrir ce qui s’écrit en littérature jeunesse autour de l’écologie avec Les Vertuoses de Susie Morgenstern et sa petite-fille Emma Gauthier. Susie Morgenstern est une romancière aguerrie aux très nombreux succès, je pensais donc ne pas me tromper. Cependant, ce roman ne se révèle pas aussi fort que prévu.

Nina est en 3e, le brevet des collèges est pour bientôt. Mais ce qui la préoccupe le plus, c’est la destruction de l’environnement qui se déroule dans une quasi indifférence. Sa radicalité la met à l’écart : à la cantine, cette végane ne trouve pas beaucoup de camarades pour partager sa table. Un jour, exaspérée, elle monte sur une chaise et se livre à un speech qui étonne les autres, elle d’habitude si réservée.

Vous êtes en train de détruire la planète. Vous êtes tous des meurtriers qui méritent la prison ! Si on assassine un homme, c’est grave. Mais si on assassine l’humanité, vous dites quoi ? Je vous hais. Je hais votre égoïsme, votre je-m’en-foutisme, votre ignorance. On n’a plus de temps pour ça. Si on veut rester sur cette Terre, il va falloir agir, et tout de suite ! Notre génération ! Nous sommes la dernière chance ! Aidez-moi à sauver cette foutue planète qui se consume un peu chaque jour à cause de vos besoins superficiels. Par pitié, cessez de manger des animaux, cessez d’utiliser du plastique, de prendre la voiture pour rien, d’acheter des habits qui proviennent de l’autre bout de la planète…

Le discours attire l’attention de Yona. Les deux jeunes filles, très différentes, deviennent amies. Antonin lui est un admirateur de longue date, qui reste dans l’ombre et fait avec les sautes d’humeur de Nina. Tous les trois se rapprochent autour d’un projet fédérateur : un blog baptisé les Vertuoses. Yona explique en effet à Nina qu’il vaut mieux conseiller, fédérer, proposer plutôt que de faire la morale. Les trois amis ne manquent pas d’idées.

Ils ne peuvent cependant pas se consacrer entièrement à leur projet. D’abord il y a le brevet, même s’il semble être plus une formalité qu’autre chose. Le problème des trois jeunes gens réside dans leur famille. Nina vit avec son père maraîcher dans une ferme sur les hauteurs de Nice. Elle y est pleinement heureuse surtout depuis que sa mère est partie. C’est une femme égoïste selon Nina, qui a eu un autre enfant quatre ans plus tôt qu’elle ne connaît même pas. Yona n’a pas de père, sa mère étant homosexuelle. Antonin en a malheureusement un qui frappe sa mère, et se met à le frapper lui aussi.

Yona et Antonin vivent de plus en plus souvent à la ferme avec Nina et son père. Arrivent aussi bientôt le demi-frère de Nina, la mère d’Antonin et trois migrants. Et c’est là que le roman se fait bien trop superficiel. Il part dans toutes les directions, n’en creusant vraiment aucune. La famille dysfonctionnelle et l’écologie sont les principaux mais il est aussi question de femmes battues, de migrants syriens, de cuisine végane… Susie Morgenstern et Emma Gauthier tentent d’esquisser les portraits de ces parents jugés défectueux par leurs enfants et donc de justifier leurs comportements, mais ils sont bien trop rapides.

Il s’agit sans doute pour les deux romancières de sensibiliser la génération Greta Thunberg à l’écologie. Car nos petits jeunes sont loin d’être tous prêts à arrêter la viande ou à s’habiller de seconde main. Sans parler de leur désintérêt pour les problématiques d’emballage, de déplacement ou de surconsommation en général. Ils ne sont pas prêts à renoncer au confort qu’ils ont toujours connu. Il y a beaucoup à faire (et à écrire donc) pour qu’ils deviennent de meilleurs citoyens que leurs parents et grands-parents.

Le message ici est qu’il faut sortir de la colère provoquée chaque jour par l’inconséquence des uns et des autres. Pour être actif, l’indignation et la condamnation ne mènent à rien. Ce qui fonctionne, c’est l’exemple. Être heureux dans ses choix et le montrer est sans doute la meilleure façon de faire des adeptes ou au moins d’amener les autres à s’interroger. C’est ce que Nina et ses amis tentent de faire au quotidien et sur leur blog.

Je comprends le désir des romancières de vouloir ancrer leurs personnages dans une réalité quotidienne, mais il n’était pas nécessaire de la charger autant. Ni de finir sur un « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » qui dessert le roman en raison de trop de bons sentiments.

 

Les Vertuoses

Susie Morgenstern et Emma Gauthier
L’Ecole des Loisirs, 2022
ISBN : 978-2-211-31949-2 – 235 pages – 14 €

 

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24 responses to “Les Vertuoses de Susie Morgenstern et Emma Gauthier”

  1. aifelle
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