
Roland Perez fait partie du show biz. C’est aujourd’hui un avocat célèbre qui passe à la télé et la radio. Je l’ignorais avant d’audiolire Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan. Ce texte est autobiographique, ce que j’ignorais aussi et c’est tant mieux car sachant tout ça, je n’aurais sans doute pas eu envie de l’écouter : les mémoires des gens célèbres ne m’attirent pas. Mais Roland Perez a vraiment eu une enfance atypique, qui vaut la peine d’être racontée. Au final, je connais un peu mieux Roland Perez, sa mère et Sylvie Vartan, mais Dieu toujours pas.
Le petit Roland, sixième enfant de la fratrie Perez, naît avec un pied bot. Il est mal opéré à la naissance, pas soigné par la suite et le verdict ne se fait pas attendre : il ne pourra pas marcher normalement, il faut l’appareiller. Et de fait à 4 ans, il rampe toujours sur le lino de l’appartement de la porte de Choisy au grand désespoir de Mme Fleury, l’assistante sociale. Mais… tout n’est pas négatif : le petit Roland est choyé, adoré par sa mère et chouchouté par ses frères et sœurs. Il ne connaît pas le monde extérieur, ne va pas à l’école : il est heureux comme ça.
Esther, la maman de Roland, ne ménage cependant pas ses efforts pour trouver le médecin qui fera marcher son fils. Elle court les hôpitaux mais ne trouve que des charlatans, ou peu s’en faut. Elle prie aussi beaucoup, mais rien n’y fait. Pourtant, elle ne peut se résoudre au handicap de son fils : elle va trouver une solution.
Et oui, elle va trouver. Le lecteur le sait car les chapitres consacrés à son enfance s’intercalent entre ceux qui racontent l’âge adulte. Donc on sait que Roland Perez va marcher, devenir avocat, passer à la radio, à la télé. Cette solution nécessite une immobilisation totale de 18 mois. 18 mois passés dans un lit au milieu de salon à écouter… Sylvie Vartan, la jeune et blonde chanteuse bulgare, idole du petit Roland. Ses frères et sœurs n’en peuvent plus mais il est hors de question d’écouter autre chose : Sylvie fait partie du remède !
Sylvie Vartan est une star et Roland Perez explique pourquoi elle plutôt que France Gall ou Françoise Hardy par exemple. Mais la vraie star de ce texte, c’est Esther, la mère. La famille est juive marocaine récemment installée à Paris. Et Esther est la mère juive telle qu’on l’imagine : attachée à ses enfants au point d’être collante, possessive, exubérante, menteuse et d’une mauvaise foi phénoménale. Elle est prête à tout pour soigner son fils. Et elle prie beaucoup, pour obtenir un miracle.
Une fois obtenu, elle inscrit le petit Roland à l’école des enfants du spectacle. Il tourne alors dans des pubs à la télé, joue au théâtre… avant de devenir avocat. Quand elle devient la secrétaire de son fils et qu’elle reçoit ses clients à sa façon (juive marocaine, avec pâtisseries et bilan de santé des enfants), je n’ai pas pu m’empêcher de rire tout seule dans ma serre en repiquant mes tomates.
Je pense que ce qui m’a fait passer un bon moment en écoutant Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, c’est la lecture qu’en fait Laurent Natrella, de la Comédie française. Car non seulement sa prononciation de l’arabe semble authentique mais surtout, il donne un accent à Esther qui renforce le comique, sans pour autant être caricatural. Cet humour constant souligne l’omniprésence de la mère et son dévouement. Il permet aussi de ne pas sombrer dans le gnangnan.
Ce n’est certainement pas le livre de l’année mais c’est drôle et tendre, souvent émouvant. Il parvient même à sembler authentique.
Un livre adapté au cinéma par le réalisateur québécois Ken Scott, avec Leïla Bekhti et Jonathan Cohen que je ne connais ni l’un ni l’autre.
Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan
Roland Perez
Les Escales, 2021
ISBN : 9782365696739 – 224 pages – 19 €
Laisser un commentaire