
L’aîné des Ferchaux s’ouvre sur le couple que forment Michel Maudet et sa jeune épouse Lina. Ils ont quitté Valenciennes pour tenter l’aventure à Paris. Ils s’aiment mais n’ont pas un sou. Alors les unes après les autres, leurs affaires finissent au Mont-de-Piété. Dans un rade de nuit, Michel qui rêve d’action croise un vague ami qui lui dit qu’un certain monsieur Dieudonné cherche un secrétaire. La place est bonne parait-il. L’employeur habite Caen, il faudra peut-être aller en Afrique… Ce monsieur Dieudonné, c’est l’aîné des Ferchaux.
Tout le pays connaît Dieudonné Ferchaux car il vient d’être rattrapé par un scandale. Du temps où il vivait en Afrique, il aurait tué trois nègres, comme on disait alors. Car dans les années 1920, les Européens se croyaient tout permis en Afrique. Ils ont magouillé, se sont enrichis au prix des pires fraudes et malversations. Mais Maudet s’en fiche : il embarque dans le premier train pour Caen avec Lina et se présente devant le vieil homme qui en fait vie dans une maison isolée sur la dune normande. À la fois craintif et admiratif, Maudet a honte de sa pauvreté. Alors il cache Lina dans un hôtel pour se faire engager pour trois fois rien.
Et bientôt, le vieil homme doit fuir. Il demande alors à Maudet de le suivre. Il accepte, Lina est du voyage. Non pas en Afrique mais jusque Dunkerque où les journées s’étirent en d’interminables parties de cartes. Tout est morne. Entre les deux hommes, une certaine animosité grandit. Maudet n’est plus aussi admiratif. Ferchaux le tient éloigné de discussions qu’il a avec son frère qui a lui aussi trempé dans des scandales financiers en Afrique. Il est jaloux, envieux, il a soif d’être quelqu’un. Bref, il est dangereux. L’aîné des Ferchaux le comprend-il ? Quand il faut fuir encore, bien plus loin, il demande à Maudet de le suivre à nouveau.
Ce roman de Simenon est donc un combat d’homme à homme, tout en tension. Si l’un a un élan de tendresse, ou même d’affection pour l’autre, il est bien vite remisé. L’admiration première se change en haine et Maudet, bien que détestable, est très finement décrit d’un point de vue psychologique. C’est un être manipulateur et prêt à tout pour dominer. Il n’a pas la carrure d’un Ferchaux, bien loin de là et s’en rend compte. Mais il est lié au vieil homme et le suit très loin, toujours contraint de lui obéir car il n’a pas d’argent. La haine grandit en lui dans une ville tropicale, ramassis de hors-la-loi réfugiés loin de toute justice.
Paris, Caen, Dunkerque, Panama : Simenon décrit avec une grande économie de moyens une ville, une ambiance où toujours règne la pesanteur. Les personnages restent englués dans leur destin, tracé comme dans une tragédie. Impossible de le fuir même au bout du monde. Quelques mots suffisent : c’est pesant, lourd et glauque, même sous les tropiques avec des personnages louches comme on aime en rencontrer sous la plume du grand auteur belge.
L’aîné des Ferchaux a été adapté au cinéma en 1963 par Jean-Pierre Melville avec Charles Vanel et Jean-Paul Belmondo.
Georges Simenon sur Tête de lecture
L’aîné des Ferchaux
Georges Simenon
Gallimard (Folio n°930), 1996
ISBN : 2-07-036930-7 – 432 pages
Parution originale : 1945
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