L'ombre d'un père de Christoph Hein

Konstantin naît en Allemagne en mai 1945. À peu près au même moment, son père Gerhard Müller est pendu par les communistes victorieux. C’était un nazi forcené, responsable de la mort de milliers de personnes. Responsable aussi de l’usine de la ville et donc de sa prospérité. Sa veuve décide de ne plus porter son nom et de donner le sien à ses deux jeunes fils. Mais ça ne suffira pas à éloigner d’eux l’ombre d’un père qui écrasera Konstantin toute sa vie.

À peine adolescent, il tente de fuir l’héritage paternel. Malgré de très brillants résultats, il ne peut intégrer le lycée de son choix. Il quitte alors sa ville natale pour la France afin de s’engager dans la Légion étrangère. Mais il n’a que quatorze ans. Son rêve militaire ne fait pas long feu. Il est à Marseille, sans famille et sans argent. Mais avec une volonté de fer et la capacité de parler quatre langues, grâce à sa mère. Il trouve du travail auprès d’un libraire de livres anciens, Emanuel Duprais, qui le fait profiter de son réseau d’amis. Ce sont tous d’anciens résistants qui n’hésitent pas à engager le « petit Boche » polyglotte. Il leur cache ses antécédents familiaux.

Le jeune garçon sympathise avec ses employeurs qui deviennent donc des amis. Trop proches pour ne pas créer le malaise. Emanuel Duprais a été interné dans un camp de concentration et rendu sourd d’une oreille par les coups. Konstantin se persuade que ces coups, c’est son père qui les lui a portés. Ce père dont il ne parle à personne et qui le poursuit. Ce père qui le rend indigne de l’amitié de ces hommes.

Konstatin rentre alors en Allemagne. Ses rêves professionnels seront balayés par ses origines. Comme sa mère n’a pu enseigner après la guerre parce qu’on embauche pas les femmes de SS, lui ne peut choisir la carrière qu’il souhaite. Non seulement il porte le poids de la culpabilité mais en plus on le lui fait porter : il n’est pas innocent car la faute du père est celle de toute sa famille. Même ceux qui n’étaient pas nés…

Ce roman de Christoph Hein est d’une grande richesse. Il avance lentement au rythme d’une vie où domine la tristesse. Le récit à la première personne permet au lecteur d’envisager de l’intérieur ce que fut l’Allemagne de l’après-guerre. Et de comprendre le drame vécu par les descendants innocents des criminels. Certains s’en accommodent très bien, comme le frère de Konstantin. Mais d’autres vivent dans le secret, et donc le mensonge toute leur vie.

L’ombre d’un père nous plonge dans 60 décennies d’histoire allemande, depuis un pays en ruine qui veut enfouir son passé nazi, puis la construction du mur de Berlin, les aberrations du régime communiste, la chute du mur. On s’attache d’abord à Konstantin adolescent avec ses espoirs et sa révolte. On le suit ensuite jeune homme amoureux puis enseignant. Le récit est fluide et détaillé, parfois long mais jamais lourd.

Si Konstantin est un personnage volontaire et courageux, la tristesse domine le roman. L’héritage familial et le communisme colorent cette vie d’un gris qui parfois vire au noir. Pourtant la lecture est aisée et même très intéressante quand comme moi on en sait peu sur ces Allemands de l’après Seconde Guerre mondiale.

D’autres avis enthousiastes chez Manou, Jostein, Aifelle et Electra.

 

L’ombre d’un père

Christoph Hein traduit de l’allemand par Nicole Bary
Métailié, 2019
ISBN : 979-10-226-0838-1 – 416 pages – 23 €

Glückskind mit Vater, parution originale : 2016

 

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27 réponses à « L’ombre d’un père de Christoph Hein »

  1. Choup
  2. luocine

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