
Salmane, narrateur de Quatre jours sans ma mère, est un glandeur de banlieue. À 36 ans, il vit toujours chez ses parents qui ont quitté la Tunisie bien des décennies plus tôt. L’un et l’autre sont orphelins et ils ont trouvé dans cette cité, qu’on appelle La Caverne, un foyer. Alors pourquoi partir ? Afin d’aller où ? La vie déroule son train-train, jusqu’au jour où Amani, la mère de Salmane, disparaît.
Plus exactement elle s’en va en laissant un mot qui dit qu’elle reviendra. Hédi son mari et Salmane sont sous le choc. Ce départ est intolérable pour le mari qui ôte son alliance, donne les meubles et parle de divorce. Salmane est tout aussi bouleversé mais tente de comprendre. Depuis combien n’a-t-il pas simplement pris un café avec sa mère ? Depuis combien de temps est-elle invisible ? Pas comme un fantôme, mais plutôt comme un meuble : à force d’être là, on ne le voit plus.
Comme bien des mères, elle tient le foyer. Son organisation repose sur elle. Elle pourvoit à tout et n’oublie rien car la machine est bien huilée. Elle a pour ses deux hommes des attentions. Pourtant, Salmane s’en rend compte, ils ont oublié de lui souhaiter son dernier anniversaire…
Père et fils passent en revue les possibles raisons de son départ. Ils n’osent en parler dans la cité car s’en serait fini de leur réputation. Alors ils gambergent, surtout Salmane. On comprend que fainéant et sans projet, il laisse passer la vie. Il est titulaire d’un master en histoire ancienne qui fait la fierté de ses parents mais travaille dans un fast food. Surtout, ne pas se fatiguer… Y aurait-il autre chose ? Une raison que lui-même ne connaîtrait pas et qui serait liée à la fuite de sa mère ?
Salmane va comprendre où sa mère est partie et pourquoi. Car il va découvrir le passé de ses parents et un secret de famille qu’ils ont gardé pendant des années. Il a construit comme un mur invisible entre eux, dénaturant leurs relations. Il faut la déflagration du départ maternel pour que cette construction artificielle vole en éclats ; il faut la quête du fils qui cherche à savoir où et qui est sa mère.
Dans ce récit à la première personne, le lecteur ne quitte pas Salmane, le fils aimant qui n’a jamais dit « je t’aime » à sa maman. Élevé au masculinisme de banlieue, il garde ses émotions, fait le dur et ne dévoile rien. Son discours est avant tout regret et surtout sincérité. Sincérité de l’amour pour la mère, pour le père, mais aussi pour son quartier qu’il n’a jamais quitté. Il fait partie de son identité.
Pour autant, Quatre jours sans ma mère n’est pas un livre triste de bout en bout. Salmane a beaucoup d’humour, ce qui permet de ne pas faire sombrer le roman dans un mélo de banlieue. Il raconte aussi l’intégration de ses parents, la vie avec ses potes du quartier, son amour naissant avec Mimi : va-t-il réussir à sortir toute la tendresse qu’il a dans le coeur ?
J’ai audiolu ce roman lu par Mounir Margoum. C’est un grand plaisir de l’entendre lire car il est un bon lecteur mais aussi parce qu’il donne aux noms propres l’accent qui leur convient. Ça m’a beaucoup séduite.
Un autre avis chez Luocine.
Quatre jours sans ma mère
Ramsès Kefi
Philippe Rey, 2025
ISBN : 978-2384822492 – 204 pages – 20 €
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