
Hersilie Rouy a quarante ans en 1854. C’est une concertiste et une professeur de musique appréciée. Elle vit à Paris, seule. Elle parvient en effet à subvenir elle-même à ses besoins. Les fins de mois sont parfois difficiles mais ce n’est pas la misère. Un jour, un inconnu se présente chez elle, la fait monter dans une voiture et l’emmène à Charenton. Le sinistre hôpital de Charenton. C’est le début de l’affaire Rouy et de quatorze années d’enfermement.
L’historienne Yannick Ripa raconte le calvaire de cette femme à travers les archives qu’elle a pu consulter. Le récit d’Hersilie Rouy, Mémoires d’une aliénée, est aussi un précieux témoignage, quasi unique sur les internements arbitraires. Car Hersilie est sortie, plusieurs fois même, et la troisième fois a été la bonne.
Après Charenton où elle est pensionnaire (c’est-à-dire que quelqu’un paie sa pension), c’est la Salpêtrière où elle est indigente, abandonnée de tous. Puis jugée incurable par les grands pontes, elle va d’asile de province en asile de province. Jamais elle ne cesse de se battre. L’une de ses revendications, est son nom. L’administration l’appelle Chevalier mais elle veut prouver qu’elle ne s’appelle pas ainsi.
Le problème, c’est son demi-frère qui lui aussi s’appelle Rouy et est un grand administrateur de presse de l’époque. Selon Yannick Ripa, il fait enfermer sa sœur qu’il estime fantasque pour ne pas salir son nom. Et donc bien sûr, il lui en invente un autre.
L’historienne cite de nombreux extraits des mémoires d’Hersilie Rouy. On peut aussi les consulter sur le site Gallica de la BNF. On comprend que la malheureuse sombre peu à peu dans la folie. Elle tient des propos de plus en plus délirants, se prétend la sœur du roi Henri V. Lors de sa seconde libération, elle écrit une lettre de menace à Mme Haussmann, femme du préfet de Paris.
L’affaire Rouy détaille à travers le cas d’Hersilie le sort des internées. Les médecins ayant toujours raison, la moindre de leurs protestations est interprétée comme un signe d’aliénation. Hersilie prétend qu’on lui a volé son identité ? C’est une paranoïaque et une orgueilleuse. Quand un médecin plus attentif signe une autorisation de libération, Hersilie se retrouve seule sur le pavé parisien sans la moindre ressource, sans toit, sans nourriture. Elle est de retour à l’asile moins de 24 heures plus tard.
Ce cas précis et documenté passionnera sans doute ceux qui s’intéressent à la psychiatrie au XIXe siècle et aux internements abusifs. C’est triste et révoltant mais très instructif.
L’affaire Rouy
Yannick Ripa
Tallandier, 2010
ISBN : 978-2-84734-662-6 – 295 pages – 27 €
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