
Stanislas Petrosky écrit L’affaire de l’île Barbe à partir d’un fait divers du XIXe siècle. Voici une démarche qui m’est très familière et qui a donc retenu toute mon attention. Il s’agit de la découverte du cadavre d’une femme en janvier 1881 à Lyon. Il lui manque les jambes. Personne ne la connaît. Elle est donc comme c’est l’habitude à l’époque exposée à la morgue en espérant que quelqu’un la reconnaîtra.
On repêchait toutes les semaines des cadavres dans le Rhône, la Saône, la Seine…etc. On peut s’étonner que Stanislas Petrosky ait choisi ce cadavre-là pour un roman puisque cette affaire est demeurée irrésolue. En termes romanesques, c’est assez frustrant. Mais ce choix s’explique car il permet de faire entrer le lecteur à bord de la morgue flottante de Lyon et de faire d’Alexandre Lacassagne un des personnages. Le grand médecin légiste et son savoir sont en effet de bons ingrédients. Tout comme la morgue d’ailleurs à laquelle on est finalement peu familier…
Lacassagne a une carrure de mentor, il lui faut donc un apprenti, imaginaire celui-là. C’est Ange-Clément Huin, ancien Apache (un peu anachronique, mais peu importe) et narrateur du roman. On a donc le schéma très classique du jeune apprenti au fort caractère, rempli d’admiration pour son maître. Il est aussi très malin, plus malin que la police constituée d’hommes peu affûtés et pour certains corrompus. Je ne suis pas très friande de cette stratégie narrative assez simpliste où tout est à peu près joué d’avance.
À Lyon comme à Paris, la misère règne alors, ce sont des villes dangereuses. La police et la justice disposent de peu de moyens et pourtant elles résolvent des enquêtes. Le contexte à mes yeux n’est pas assez exploité, les personnages caricaturaux et l’intrigue décevante. Je qualifierais donc malheureusement L’affaire de l’île Barbe de superficiel.
J’ai terminé le roman car il est court et qu’il me permet de participer au challenge Sous les pavés, les pages version 2025 puisque l’action se passe à Lyon. Mais il ne m’a pas passionnée, vous l’aurez compris. Ce que m’a le plus intéressée, et de très loin, c’est l’article qui suit le roman. Il est écrit par Amos Frappa, historien spécialiste de la police au XIXe siècle, de la police scientifique et de la médecine légale. Alors que je lisais cette postface au roman, j’écrivais un texte sur l’affaire du corbeau de Tulle dans laquelle intervient Edmond Locard : Amos Frappa a publié l’an passé sa biographie.
Si comme moi vous vous intéressez au fonctionnement de la police, de la justice et de la médecine légale, vous trouverez donc dans le texte qui suit ce roman de très belles pistes de lectures. D’ailleurs, si quelqu’un souhaite se débarrasser de Par l’encre et le sang : Histoire de la police scientifique française d’Amos Frappa, je suis preneuse.
Et si vous souhaitez découvrir ce que je fais des faits divers, écoutez Toutoui !
L’affaire de l’île Barbe
Stanislas Petrosky
Gallimard (Folio), 2024
ISBN : 978-2073032799
Laisser un commentaire