L’affaire Midori dont il est question dans ce roman relève du fait divers. Mais la narratrice, journaliste française vivant au Japon, ne se résout pas à cette appellation, cette réduction. Elle prend la plume pour nous dire à nous Français ce que cette affaire révèle de la société japonaise aujourd’hui, en particulier concernant la place des femmes et la justice.

Dans L’affaire Midori, presque tout est vrai explique Karyn Nishimura, journaliste française installée au Japon depuis plus de vingt ans et correspondante de presse. Sauf qu’il n’existe pas de Midori telle que décrite ici. L’héroïne est un mélange de plusieurs personnes mais pour autant on ne doute pas qu’elle puisse exister.

Midori Yamada a tué sa petite fille de six ans qu’elle a auparavant souvent maltraitée. Elle l’a ensuite découpée en morceaux puis l’a placée dans une glacière. Elle a aussi tué à la naissance ses deux jumeaux puis les a enfermés dans la consigne d’une gare de Tokyo. Midori ne nie pas. Qu’en aurait-elle fait ? La journaliste narratrice (qui sans doute emprunte beaucoup à l’auteure) veut comprendre comment cette jeune femme en est arrivée là. Elle veut prendre le temps que les journalistes ne prennent jamais car ils se contentent de rapporter des dépêches et communiqués.

L’origine de l’affaire Midori selon elle se trouve dans le tsunami du 11 mars 2011 à l’origine de l’accident nucléaire de Fukushima. Midori et sa famille habitent dans la zone gravement irradiée. Ils sont évacués et perdent tout. Le père se suicide. La journaliste explique comment les victimes sont traitées, comment tout est minimisé. Elle aborde ainsi l’impact durable de la catastrophe sur la population.

Il est aussi question de la prise en compte très récente de la maltraitance infantile au Japon : la première loi ne date que de 2000. Une solution possible à l’infanticide ou à la maltraitance ne serait-elle pas la généralisation des tours d’abandon. Il en existait de nombreuses au 19e siècle en France. Les mères pouvaient y abandonner leur enfant non désiré dans le plus complet anonymat. Elles ont été supprimées sous prétexte qu’elles favorisaient les mauvaises mœurs… Il en existe une au Japon, plus tolérée qu’officielle et trop éloignée de Midori.

A l’occasion du procès de Midori, on en apprend beaucoup sur le fonctionnement de la justice au Japon. Par exemple, le jury populaire en cour d’assises ne date que de 2009.

Un des aspects les plus intéressants est celui de la peine de mort au Japon qui se pratique par pendaison. C’est un pays très conservateur où remettre en cause la peine capitale n’est pas du tout d’actualité. Mais certains condamnés restent plusieurs décennies dans le couloir de la mort et finissent par y mourir de vieillesse.

Karyn Nishimura questionne le journalisme tel qu’il se pratique, c’est-à-dire avec indifférence à l’égard des individus. Car tout doit aller vite

L’information c’était devenu cela, une course à la rapidité, à la simplicité, à la concision. Donner le verdict. À cet instant, je pris conscience qu’à tout vouloir couvrir, notre travail revient parfois à broder sur une affaire qu’on n’a en réalité pas bien suivie, sur laquelle on n’a pas vraiment enquêté. Vite, c’est ce qui compte désormais pour les médias.

Les journalistes commentent l’affaire alors qu’ils ne savent rien et s’intéressent avant tout au sensationnel. Car depuis qu’il existe des médias, le sensationnel fait vendre.

La journaliste déroge à ces pratiques puisqu’elle commence à correspondre avec Midori emprisonnée et qu’elle va même la visiter. Elle s’interroge beaucoup sur son métier de journaliste, de journaliste étrangère dans ce pays qu’elle aime. C’est le pays « de la politesse, de la fidélité, de la serviabilité, de la gentillesse, du civisme, de la propreté, de la ponctualité, de la qualité, et même de la perfection ». Le reste est tabou, surtout les émotions.

Ce qui apparaît surtout, c’est le manque d’empathie des individus qui n’ont aucune attention, encore moins de pitié pour ceux qui n’entrent pas dans le moule. Dans la société japonaise, il ne faut surtout pas se démarquer du groupe. Exactement ce qu’écrit et décrit Léna Mauger dans Les évaporés du Japon.

Deux livres sur le Japon en moins d’un mois, c’est ici exceptionnel. Tous deux ont été écrits par des Françaises, ce qui me les rend abordables dans leur approche du pays. Merci donc à Caro de m’avoir conseillé celui-ci.

 

L’affaire Midori

Karyn Nishimura
Picquier, 2024
ISBN : 978-2-8097-1653-5 – 172 pages – 17 €





32 réponses à « L’affaire Midori de Karyn Nishimura »

  1. je lis je blogue
  2. luocine
  3. Violette

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