Belle Époque

Même si tout fout le camp, les noms de Hugo, Daudet et Charcot résonnent encore à nos oreilles. Pour Victor, Alphonse et Jean-Martin, ce dernier ayant troqué son prénom pour sa fonction : docteur. Belle Époque de Kate Cambor choisit de s’intéresser à la descendance de ces « grands hommes » : Jeanne, Léon et Jean-Baptiste. L’historienne américaine plonge et nous immerge dans leur vie, eux qui « ont grandi à l’époque où les voitures à chevaux circulaient dans Paris et ils sont morts alors que les avions s’emparaient du ciel ».

Kate Cambor retrace donc les vies de Jeanne Hugo (1869-1941), Léon Daudet (1867-1942) et Jean-Baptiste Charcot (1867-1936). Des trois, c’est Léon Daudet qui m’était le plus familier, je dirais presque « malheureusement » tant le personnage est détestable. Mais fascinant, comme les deux autres (un peu plus peut-être…). Les deux hommes ont été mariés à Jeanne Hugo, Léon d’abord, Jean-Baptiste ensuite. Tout ce monde-là fait en effet partie du beau monde, grâce à leurs illustres parents bien sûr car pris séparément… eh bien sans doute leur nom n’auraient-ils pas marqué l’histoire.

C’est typiquement le cas de Jeanne Hugo qui n’a rien été d’autre que la petite-fille du grand homme. Après avoir perdu tous ses enfants (sauf Adèle, enfermée chez les fous), l’écrivain national a adulé ses deux seuls petits-enfants, Georges et Jeanne. Lui est devenu un moins que rien et elle, LA petite-fille. À ce titre, tout lui était dû, surtout les honneurs.

Elle a épousé Léon Daudet, ami de la famille, par amour. Mais ça s’est mal passé. Lui est un garçon très brillant à l’esprit et la plume acérés. Il admire son père qui est alors un immense écrivain. Pas autant qu’Hugo mais il n’en existe pas qui ait autant pris soin de construire leur légende de leur vivant. On le voit de républicain devenir monarchiste et fonder l’Action française. On le voit éperdu d’admiration pour son père souffrant.

Jean-Baptiste est donc le plus sympathique des trois. D’abord médecin comme papa, forcément, il ose changer de cap pour s’embarquer dans l’aventure des pôles. Mais le malheureux arrive trop tard, les grandes découvertes sont faites et c’est en avion qu’on explore désormais, mais lui est trop vieux.

La jeunesse dorée, sans doute financièrement enviable de ces trois-là, ne leur permit pas d’être à la hauteur des attentes suscitées, ni même d’être pleinement eux-mêmes. Car cette époque, qu’on a beaucoup plus tard qualifié de belle, est traversée de vents contraires et même d’une certaine neurasthénie née de la défaite de 1870 et de la Commune. Elle est rongée par la haine antisémite qui s’exprime librement et par des courants artistiques décadents.

Il n’est pas simplement question de ces trois héritiers dans Belle Époque. Ils sont bien vivants je l’ai dit, mais l’époque aussi. Il est beaucoup question de l’exil d’Hugo à Guernesey, de l’affaire Dreyfus, du scandale de Panama, de la guerre, de la mort du fils de Léon Daudet… etc (débordant donc du cadre temporel annoncé par le titre, pour suivre ses protagonistes). Car l’époque est là, dans un récit qui oscille entre essai et roman. C’est pourquoi il se lit facilement avec l’envie sans doute d’en savoir encore plus. Ce parti pris d’essai romanesque n’est pas habituel chez nos historiens mais fonctionne pourtant bien.

 

Belle Époque

Kate Cambor traduite de l’anglais (américain) par Laurent Bury
Flammarion (Champs/Histoire), 2011
ISBN : 978-2-0812-4963-9 – 392 pages – 10 €

Gilded Youth. Three Lives in France’s Belle Époque, parution originale : 2009





22 réponses à « Belle Époque de Kate Cambor »

  1. luocine

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