Partager la publication « Une semaine dans la vie de Stephen King d’Alexandra Varrin »

Passons une semaine dans la vie de Stephen King. « C’est juste un homme ? Non, c’est bien plus que ça. C’est Stephen King, le créateur de tous mes mondes et de tous mes héros. »
Alexandra Varrin ne pouvait donc manquer la première venue en France de cet écrivain. Elle le lit depuis près de vingt ans, elle qui n’en a que vingt-huit. Elle s’est donc débrouillée pour être présente à toutes ses manifestations publiques. Conférence de presse, séance de dédicaces (une nuit de novembre dehors, des heures d’attente pour une signature et douze secondes enfin face au King), La Grande Librairie, l’émission du Mouv’ et la soirée au Grand Rex.
Je n’ai lu qu’une poignée de romans de Stephen King dont certains m’ont énormément plu (Histoire de Lisey, 22/11/63…), d’autres beaucoup moins. Je n’ai donc aucune légitimité à juger des interprétations d’Alexandra Varrin sur l’œuvre du maître. D’autant plus que son érudition en la matière est immense. Je pensais lire un texte sur la pathologie qui guette le gros lecteur. Comment on en vient à confondre fiction et réalité. Un genre de névrose qui vous coupe du monde et de ses réalités (et pourquoi pas ?).
Mais Alexandra Varrin sait tout ça et l’assume. Ce qu’elle écrit dans Une semaine dans la vie de Stephen King n’est pas le compte rendu d’une fan qui voudrait prouver qu’elle connait son écrivain mieux que personne. Ni même une explication à son comportement que certains pourraient juger excessif. Ce qu’elle explicite, c’est que l’œuvre de Stephen King est son rempart contre le pire de la vie. Certaines personnes se posent plus de questions dans la vie que « Quel temps fait-il aujourd’hui ? » ou « Quelle heure est-il ? ». Et s’interroger sur le monde, sur sa position dans le monde est source de difficultés, de peurs et de remises en cause. Alors quand un univers personnel correspond en tout point à celui d’un autre, on peut s’y adosser et se sentir ainsi en sécurité, rassuré au moins de n’être pas seul.
J’ai peur de m’attacher, j’ai peur qu’on m’abandonne, j’ai peur de ce que je suis capable de faire et de ce que je n’ose pas faire. J’ai peur de la solitude, qu’elle me pousse un jour à me résigner et à m’entourer des mauvaises personnes.
J’ai peur de ne pas être quelqu’un de bien, j’ai peur de passer à côté de l’essentiel. J’ai peur de me tromper.
Quand le monde est à ce point hostile, je lis un livre de Stephen King de même qu’on appelle ses parents pour demander conseil.
Elle explique que les personnages de Stephen King l’aident au quotidien. Quand elle doit faire face à un événement ou prendre une décision :
Cela fait plus de quinze ans que je me demande ce que ferait Roland dès que je suis confrontée à une situation pénible ou délicate.
Elle se définit comme « une Franc-Comtoise qui a fait de la fiction sa réalité ». Dangereux diront certains. Mais ne vaut-il pas mieux être « une Franc-Comtoise qui a fait de la fiction sa réalité » et s’est mise à écrire plutôt que rien du tout ?
Quand elle décrit son corps tatoué de plusieurs personnages de King, on se dit que sa passion va vraiment loin. Mais quand elle écrit, suite à l’émission de radio au cours de laquelle elle n’a partagé son King qu’avec une poignée d’autres, tous aficionados patentés : « Je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie », on ne peut que partager sa joie.
J’ai été touchée par l’humilité et l’empathie de cette femme. Elle a bien sûr des avis arrêtés sur un certain nombre de choses concernant King (qu’elle formule toujours avec humour). Mais elle m’a semblé foncièrement ouverte et généreuse face au monde, même si mal à l’aise, loin de toute prétention. Elle a même apprécié François Busnel, qu’elle ne connaissait pas avant d’assister à l’émission spéciale Stephen King. Ce qui témoigne évidemment d’une très grande ouverture d’esprit…
Il faut être humble, accepter de ne pas avoir le beau rôle, raconter l’histoire sans chercher à la faire plier sous sa vanité, lui accorder toute l’importance jusqu’à disparaître derrière elle. Et il faut travailler, beaucoup, encore, toujours, énormément. S’entraîner tous les jours, s’améliorer, gravir dans le noir un escalier qui n’en finit pas car il n’existe rien qui ne soit perfectible.
Lire Une semaine dans la vie de Stephen King c’est surtout partager avec son auteure une proximité intellectuelle qui analyse avec clairvoyance et franchise un parcours d’addiction constructif et enrichissant. Si comme elle l’affirme, Stephen King a fait d’Alexandra Varrin l’écrivain et la femme qu’elle est aujourd’hui, alors lisez Stephen King !
Une semaine dans la vie de Stephen King
Alexandra Varrin
Léo Scheer, 2014
ISBN : 9782756104522 – 243 pages – 19 €
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