
On connait particulièrement les auteurs suédois en France depuis quelques années pour la vague de polars qui a fait suite à Millenium. On connait moins leurs littératures de l’Imaginaire qui, à la lecture de ce recueil de nouvelles d’Anders Fager gagnent à être connues. A moins que vous ne soyez sensible à l’horrifique trash et que la putréfaction, le grouillement primordial, le suicide collectif et les rapports SM ne vous rebutent. Parce que oui, Les Furies de Boras regroupent quelques nouvelles plutôt gore, cannibalisme et démembrement inclus.
La violence et le sexe sont des thèmes qui parcourent quasi toutes les nouvelles même si le traitement peut être assez différent. Deux textes sortent du lot : « Le vœu de l’homme brisé » qui raconte au début du XVIIIe siècle l’anéantissement d’une famille de paysans norvégiens par la soldatesque suédoise ; et « L’escalier de service » qui voit la mise en pratique des premières théories psychanalytiques. La première travaille la poésie de la violence, tandis que la seconde manie l’humour.
La quatrième de couverture parle d’ailleurs d’ « humour noir confinant à la jubilation » : c’est quand même un humour tout à fait particulier susceptible de faire grincer quelques dents. Pour ma part, je n’ai ni ri ni grincé des dents, mais j’ai trouvé salutaire de prendre un peu de recul par rapport à l’horreur pour me pencher sur ces textes.
La prose d’Anders Fager entretient des relations plus que privilégiées avec le visqueux, le grouillant, le putréfié. Les nouvelles sont pour certaines liées entre elles et l’un des motifs récurrents est l’existence de créatures ou de puissances supérieures qui soumettent l’être humain et le manipulent. La femme en particulier. Ainsi existe-t-il une fraternité de femmes (?) qui depuis des millénaires se livrent à des cérémonies au fond des bois : bains de sang, amputations, meurtres… on s’amuse entre copines. Anders Fager nous laisse envisager ces entités mystérieuses depuis de multiples points de vue : depuis les faits incompréhensibles (avec un suicide collectif de personnes âgées dans « Un point sur Västerbron »), depuis un enfant manipulé (« Joue avec Liam »), via une des entités elle-même (« Fragment VI ») ou à travers d’un esprit scientifique qui cherche à comprendre (« L’escalier de service »).
Ces nouvelles témoignent d’une sexualité féminine au moins inhabituelle, au pire mortelle. Difficile d’entrer dans les détails, mais on trouve dans Les Furies de Borås des amours piscicoles, des orgasmes mortifères et de très jeunes filles qui ne parviennent pas à trouver des partenaires assez violents pour les satisfaire. La femme est un mystère, dit-on, et là il se concrétise dans une multiplicité de fantasmes qui frôlent le dégoût. Mieux vaut se pencher dessus qu’y plonger.
La quatrième de couverture cite King, Lindqvist et Lovecraft, mais je crois que Fager se suffit très bien à lui-même…
Anders Fager sur Tête de lecture
Les furies de Borås et autres contes horrifiques
Anders Fager traduit du suédois par Carine Bruy
Mirobole (Horizons pourpres), janvier 2014
345 pages, 21,50€
Samlade svenska kulter, parution originale : 2011
Laisser un commentaire