La femme et l'ours de Philippe Jaenada

Richard Gaitet, écrivain et animateur de l’excellente émission Nova Book Box, en propose une nouvelle sur Arte Radio : Bookmakers. Ce qui l’intéresse c’est la cuisine des écrivains, leurs façons de faire. O joie, ô bonheur, la première série de cette nouvelle émission est consacrée à Philippe Jaenada. J’écoute donc avec intérêt, il est beaucoup question de La Petite femelle et de La Serpe.

Et ensuite, que pensez-vous qu’il arriva ? Eh oui, une grosse envie de lire Jaenada, en plein confinement ! Mais ouf, il reste sur mes étagères un Jaenada que je n’ai pas lu : La femme et l’ours. On a frôlé l’amende, ou peut-être la prison (ben oui, la fameuse autorisation de sortie dérogatoire ne contient pas de case à cocher pour achat impérieux de livres, ceux-ci n’étant pas indispensables, qu’on se le dise (et s’il en est parmi vous certains qui n’ont jamais lu de livres et qui ne sont pas encore morts, je veux bien que vous me laissiez un commentaire pour m’expliquer comment vous faites)).

Et que ceux qui se disent que c’est vraiment n’importe quoi ces parenthèses lisent Jaenada, ils comprendront et ne se parleront plus pour ne rien se dire.


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Il y avait donc un roman de Jaenada non lu dans ma bibliothèque personnelle. Ça c’est déjà très étrange au vu de l’enthousiasme soulevé par mes précédentes lectures du roi de la digression. Ceux qui n’ont jamais lu Jaenada (les anglophones ont une tournure bien plus simple pour exprimer cette absence ; appliquée à Jaenada ça donnerait « Jaenadaless »), (heureux soient-ils car ils ont devant eux des heures et des heures de bonheur littéraire), savent donc désormais, rien qu’en lisant ce billet, qu’on trouve parenthèses et digressions à foison dans la prose jaenadienne (pourquoi pas, on peut aussi tenter jaenadoise).

Que faisait-il donc là ? Pourquoi ne l’avais-je pas dévoré depuis belle lurette ? En lisant la scène de réception du prix Alexandre Vialatte à la mairie du XIIIeme arrondissement, je me posais sérieusement la question (tout en m’amusant de cette coïncidence : la dernière fois que je suis allée à Paris, c’était à la mairie du XIIIe (au mariage de ma nièce chérie et adorée, voilà vous savez tout)).

(Là, je devrais copier un extrait du roman (insérer une photo dudit mariage me semble moins approprié), celui qui me fait rire encore rien qu’en y pensant et que j’ai lu à mon cher et tendre le soir même (sans vraiment savoir s’il y comprenait quelque chose car rire en lisant ne facilite pas l’exercice périlleux de la lecture à haute voix, surtout à moi qui parait-il parle trop bas (enfin moi je sais que c’est lui qui est sourd, mais je préfère ne pas le contredire car le pauvre, ça n’est déjà pas drôle de vieillir, mieux vaut ne pas s’en rendre compte. Mais je digresse…)). Mais non seulement la phrase jaenadaise (bof, moins bien) est longue car riche en ponctuation, subordonnées et circonvolutions, elle est aussi intrinsèquement référencée, ce qui signifie qu’un jeu de mot n’est généralement risible que dans le contexte. Ce qui m’amènerait à beaucoup recopier et je n’en ai pas envie, toute confinée d’ennui sois-je (???).

Si vous êtes encore là à me lire, vous êtes bien méritant. Je n’ai encore rien dit sur La femme et l’ours, car je n’ai pas grand-chose à en dire, un peu comme Jaenada dans cet opus, le dernier avant qu’il ne débute sa période « d’autres vies que la mienne » (écoutez « Bookmakers », vous saurez tout des périodes de l’artiste). Et il a eu raison (non de parler pour ne rien dire mais de changer de sujet). J’ai lu et apprécié sa veine purement autobiographique (avec Le chameau sauvage, son premier roman), même si « purement autobiographique » est abusif, enfin on l’espère pour madame Jaenada qui est vraiment cuisinée à toutes les sauces, surtout les plus hystériques et caractérielles. Mais là il en fait trop, tourne en rond. Par exemple, sitôt sorti de la mairie du XIIIeme il se met à raconter la légende de Jean de l’Ours et on comprend que quelque chose ne fonctionne plus : c’est beaucoup trop long. On est d’accord chers inconditionnels : un Jaenada un peu moins bon est toujours meilleur qu’un très bon… je ne sais pas moi… Jean-Christophe Rufin (ah, ma tête de Turc préférée depuis l’exécrable Globalia !). Mais quand même… les épisodes traînent en longueur et quand le réjouissant loser touche le fond du côté de Nice, on est bien content qu’il ne reste que quelques pages. Pourtant, La femme et l’ours n’en compte que 310 contre 640 à La Serpe (mais pas une de trop !). Le prochain est en passe d’en peser 1 000 (dixit « Bookmakers », je ne vous remets pas le lien, il est déjà deux fois dans cet article) : du bonheur en perspective  mais il va falloir attendre 2021) !

Donc au niveau du style rien à redire, c’est toujours aussi excellent, mais l’intrigue ne vaut pas tripette et on se réjouit que l’auteur s’adonne désormais à une veine judiciaire, largement parsemée de pseudo-autobiographie.

 

La femme et l’ours

Philippe Jaenada
Grasset, 2011
ISBN : 978-2-246-75841-9 – 310 pages – 19 €





13 responses to “La femme et l’ours de Philippe Jaenada”

  1. nathalie
    1. Sandrine
  2. keisha
    1. Sandrine
    1. Sandrine

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