
Si comme moi et les principaux protagonistes de ce roman vous étiez ados dans les années 80, Où reposent nos ombres de Sébastien Vidal devrait vous plaire. Et si vous êtes plus jeunes, ou plus vieux, il y a des chances pour qu’il vous séduise aussi.
Août 1987 dans un village paumé de Corrèze : Christophe, Franck, Vincent et Johanna rentreront au lycée en septembre. Ils forment la bande aux yeux marrons, quatre amis inséparables. Ils se baladent à vélo (oui, ça se faisait), sont à l’écoute de la nature (oui, ça existait au temps où on n’avait pas de casque en permanence sur les oreilles) et découvrent un lieu isolé et paradisiaque qu’ils ne connaissaient pas. Ils ont aussitôt envie d’en faire leur havre secret pour se retrouver, pêcher, nager… C’est là que vit un marginal retiré du monde, René, qui fait de rares apparitions au village où on l’appelle l’Indien. Charmé par ces quatre gosses, René accepte qu’ils se retrouvent sur son terrain s’ils n’en parlent à personne. Promis ? Promis !
Les voilà donc qui plongent, s’observent, discutent et goûtent aux joies de l’amitié sincère. L’immersion dans la nature leur permet de préserver encore un peu leur innocence, qui touche presque à la naïveté ou à une sorte de virginité face au Mal.
Très loin de là, en banlieue parisienne, un braquage tourne mal. Jacques et Antonio, vingt-cinq ans, tuent un convoyeur de fonds et prennent la fuite à bord d’une Renault. Dans les médias, on les surnomme les tueurs au losange. Jacques, en colère contre la société, se met à tuer tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Et il a la gâchette facile.
Ces deux fils narratifs sont l’un et l’autre très lents, même si les deux tueurs sont en cavale et quasi constamment en mouvement. Les deux récits sont extrêmement descriptifs, ils vont au coeur des émotions et des sentiments des personnages. Évidemment, on attend que les deux récits se croisent, que la violence des deux tueurs surgissent dans l’été paradisiaque des adolescents et le fassent voler en éclats.
Si comme moi vous n’êtes pas patients, vous allez ronger votre frein. Oui, Jacques et Antonio se rapprochent de la Corrèze mais leurs moindres gestes étant décrits minutieusement, on dirait qu’ils progressent à une allure d’escargot. C’est en fait un peu lassant. Heureusement, si j’ose dire, ça se complique du côté des adolescents qui découvrent la phase obscure du monde adulte qu’ils ont du mal à comprendre. Ils sont aussi improbables que des anges, aussi vulnérables et innocents.
La confrontation ne se fait qu’à la fin. J’ai donc passé tout le livre à attendre, ce qui n’est pas un bon état d’esprit. Mais les scènes qui décrivent les quatre amis sont si sensibles et belles qu’elles m’ont fait patienter sans trop trépigner. D’autant plus que la langue de Sébastien Vidal est très poétique. Il est un fin observateur de la nature et je l’imagine bien permaculteur. Il sait traduire les émotions naissantes, le trouble et l’insidieuse présence du Mal. Il est présent même dans ce petit village où les pères ne sont pas toujours très glorieux. Il en est même de franchement malsains qui vont changer le destin des quatre protagonistes.
Je me suis fourvoyée dans cette lecture car j’attendais quelque chose qui ne vient que tard et qui n’est pas le sujet du roman. J’ai donc trouvé certains passages très longs et je me demande même à quoi sert le récit des deux tueurs. Ils ne croisent que quelques minutes la route des quatre amis, la violence aurait pu surgir dans leur vie de toute autre façon. Pourquoi ces deux récits tout au long du livre ?
J’ai quand même apprécié ma lecture grâce aux quatre adolescents d’abord insouciants qui entrent dans le monde adulte malgré eux, un monde sournois de mensonges et de blessures.
Il est souvent question de musique dans ce roman. Beaucoup de chansons des années 80 sont évoquées, pour moi musicalement la pire décennie du siècle. Par exemple, les gamins écoutent « Calicoba » de Gold, misère… Pour moi, l’ambiance est plutôt à « Stand By Me », chanson qui a servi pour le film du même nom (Rob Reiner, 1986), adapté bien sûr d’une nouvelle (sans horreur ni surnaturel) du grand Stephen King auquel Sébatien Vidal rend plusieurs fois hommage.
Sébastien Vidal sur Tête de lecture
Où reposent nos ombres
Sébastien Vidal
Le Mot et le Reste, 2022
ISBN : 9782361399825 – 360 pages – 21 €
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