
Après n’avoir lu que des critiques très enthousiastes des romans de Colin Niel, je me décide à le découvrir. De toute évidence, il correspond à ma thématique de travail actuelle autour de la littérature et de l’écologie au sens large (animaux, environnement, nature, agriculture, chasse pourquoi pas puisque comme chacun sait, les chasseurs sont les premiers écologistes de France…). Très malheureusement, je n’ai pas apprécié Entre fauves, pas du tout.
Quatre personnages se partagent le récit. Celui qui ouvre et ferme le roman s’appelle Charles, c’est un vieux lion à crinière noire. Le point de vue animal, c’est le seul élément du roman qui m’ait plu, même si lui parle à la troisième personne alors que les autres s’expriment à la première. Il vit en Namibie, comme Kondjima, de la tribu himba du Kaokoland. Ce jeune homme narrateur est fils d’un homme pauvre qui le devient encore plus quand toutes ses chèvres se font dévorer par Charles affamé et assoiffé. Pour prouver à la belle Karieterwa et à son père qu’il est un homme, le jeune homme décide de tuer ce lion qui décime les troupeaux de la région. Mais voilà qu’arrivent deux touristes français friqués, Apolline et son père, venus chasser le lion. Le quatrième récit est celui de Martin qui un mois après cette partie de chasse cherche à savoir qui est la blonde qui trône avec son arc à côté d’un lion mort sur une photo qui fait le tour des réseaux sociaux.
Colin Niel organise un suspens qui fonctionne certainement bien si on lit le roman sans un agacement permanent comme ce fut mon cas. Qui de Kondjima ou Apolline va tuer le lion ? Pour Martin, à cause de la photo, c’est elle, mais pour le lecteur, rien n’est moins sûr. Cette ligne narrative ne m’a pas intéressée du tout. Pas plus que de savoir qui est le plus fauve de tous puisque pour moi, il n’y a aucune hésitation.
Je me suis attachée à comprendre les personnages et avec eux, l’intention du romancier. Martin est un militant anti-chasse. Il a créé un groupe Facebook STOP HUNTING FRANCE sur lequel les chasseurs d’animaux sauvages sont jetés à la vindicte populaire. Il est aussi activiste à l’occasion puisqu’il n’hésite pas à crever les pneus de chasseurs en action. Professionnellement, il est garde dans le parc national des Pyrénées, particulièrement dans la vallée d’Aspe, et très remonté contre sa hiérarchie qu’il juge trop molle. Comme ses collègues, il cherche Cannellito, le dernier ours des Pyrénées : a-t-il totalement disparu lui aussi ? Quand il découvre la photo de la blonde trônant avec le cadavre d’un lion sauvage, il décide de découvrir qui elle est et… et vous saurez si vous lisez. Disons que sa haine de la chasse va l’emmener bien trop loin.
Les motivations de Kondjima sont tout à fait claires : il est guidé par la fierté, la vengeance, l’amour. Il n’a pas du tout l’envergure du chasseur de lion, mais il est motivé. Quand la blonde Apolline arrive sur son territoire pour lui voler son lion, sa détermination redouble : c’est lui qui tuera le lion, pas elle.
Par contre, et c’est là le gros problème de ce roman, jamais on ne comprend les motivations d’Apolline. Elle a vingt ans, elle aime tuer des animaux sauvages, rapporter des trophées et basta. Et moi je dis : « c’est tout ? ». Alors que les motivations des deux autres sont claires, rien n’est précisé sur ce personnage clivant. A aucun moment son goût pour la mise à mort d’animaux sauvages n’est remis en cause, bien au contraire. Il est bien précisé que sa chasse est autorisée : accompagnée d’un chasseur professionnel nommé Lutz qui a un contrat d’exclusivité, elle va tuer un lion que le gouvernement de Namibie qualifie de problématique en raison des ravages qu’il cause chez les éleveurs. Donc sa chasse est légale. Elle est plus autorisée encore que Kondjima qui lui veut tuer sans autorisation, comme un braconnier. Pire :
L’espace d’un instant, je sens peser sur moi une immense responsabilité, celle de débarrasser ces pauvres gens d’un fléau.
Tout va bien donc : de riches Européens déferlent en Afrique pour dégommer ce qu’il reste de faune sauvage faisant ainsi oeuvre de salubrité. Le mal est du côté du garde français qui va se laisser aveugler par sa haine des chasseurs et commettre un acte bien plus grave et irréversible que celui d’Apolline.
Je dois dire que je ne comprends pas le propos de ce roman. Je n’ai pas envie d’arpenter le net pour connaître le point de vue de Colin Niel sur la chasse en Afrique mais j’imagine qu’il n’est pas partisan de la destruction de la faune quelle qu’elle soit. Donc Entre fauves reste un mystère pour moi et je ne pense pas relire l’auteur avant longtemps.
Entre fauves
Colin Niel
Le Rouergue, 2020
ISBN : 978-2-8126-2068-3 – 352 pages – 22 €
Laisser un commentaire