
Née en Bretagne Nord en 1919, Jeanne Bohec a tout juste vingt ans quand commence la Seconde Guerre mondiale. On lui parlait pourtant de la précédente comme de la Der des Ders… Elle est alors étudiante en mathématiques à Angers. Grâce à ses quelques connaissances de chimiste, elle trouve du travail à la poudrerie du Moulin Blanc dans le port de Brest. Mais quand la Drôle de guerre se transforme en Guerre éclair, la poudrerie est sabordée par ses ouvriers pour qu’elle ne tombe pas aux mains de l’ennemi. Et c’est là, sur les ruines encore fumantes, que Jeanne fait un choix crucial : partir, quitter la France pour la Grande-Bretagne. Elle a entendu parler de négociations d’armistice mais elle, elle ne renoncera pas. Ce faisant elle l’ignore, mais elle met ses pas dans ceux du général de Gaulle qui trois jours avant elle s’est embarqué lui aussi pour continuer la lutte.
C’est plusieurs décennies après la guerre que Jeanne Bohec, devenue professeur de mathématiques, relate ses années de guerre. Arrivée en juin 1940 à Londres, elle y passe plus de trois ans à faire en gros du secrétariat. Certes au service des Forces Françaises Libres, mais bon, elle rêvait d’autre chose. Mais Jeanne Bohec est une femme, d’un mètre 49 et 47 kilos et chaussant du 35 : à quoi peut-elle prétendre d’autre ?
Au sabotage. Jeanne Bohec perfectionne ses connaissances en chimie et demande à partir en mission elle aussi. La réponse du Bureau Central de Renseignement et d’Action, le service secret de la France libre, est nette et sans appel : on n’envoie pas de femmes en France. Mais les FFL ne connaissent pas Jeanne Bohec qui s’obstine et obtient gain de cause. Jeanne apprend alors à tirer au pistolet, au revolver et à la mitraillette, à démonter et remonter un colt. On lui apprend à utiliser des pains de plastic et des détonateurs. Elle doit même savoir faire marcher une locomotive à vapeur et ouvrir une serrure sans clef. Et bien sûr elle apprend à se battre, à tuer et à sauter en parachute (pas adapté à sa morphologie).
Elle est parachutée en France en février 1944 et prend dès lors vraiment part à la lutte. A bicyclette, elle sillonne les routes du Morbihan pour apprendre aux FFI à se servir de détonateurs. Quand arrivent les Américains, le Morbihan est une plaque tournante de la Résistance. En témoigne le combat victorieux mené par les FFI et les FFL à Saint-Marcel le 18 juin 1944. Il sera suivi de représailles sanglantes, derniers massacres d’une armée en déroute.
Jeanne Bohec a vu mourir de nombreux camarades de lutte mais elle a traversé la guerre sans une écorchure. Elle reçoit la croix de guerre avec palme, la médaille de la Résistance et la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur. Elle est enterrée à Plestin-les-Grèves où elle née et où aucune rue pourtant ne porte son nom.
La plastiqueuse à bicyclette
Jeanne Bohec
Les Editions du Félin, 2022
ISBN : 978-2-86645-972-7 – 224 pages – 10,90 €
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