Les nuits que l’on choisit d'Elise Costa

Et vous, vous les aimez comment les faits divers ? À la Pierre Bellemare ou à la Christophe Hondelatte avec des juges d’instruction, des larmes et des descriptions bien sanglantes ? Alors, Les nuits que l’on choisit n’est pas pour vous. Élise Costa, chroniqueuse judiciaire, est l’auteur de plusieurs séries sur Slate.fr. Dans de très longs « papiers », elle reprend les faits et surtout, elle fouille les individus. C’est comme ça que moi je les aime les faits divers : avec beaucoup d’humain dedans. C’est pourquoi ma route d’auteure de podcasts faits divers a souvent croisé celle d’Élise Costa et c’est pourquoi j’ai choisi de lire ce livre qui m’a beaucoup intéressée.

Élise Costa décrit son quotidien d’hôtel en hôtel, de ville en ville. Elle compare les palais de justice, connaît le personnel de chacun et le troquet qui sert le meilleur café. Elle pratique le « tourisme judiciaire » mais ne s’intéresse pas aux enquêtes, aux dossiers, à l’instruction. Ce qui l’intéresse, ce sont les gens. La mère qui apprend du jour au lendemain que son fils est un meurtrier, le père qui doit vivre avec la mort de sa fille assassinée, l’étudiant qui comprend qu’il ne connaissait qu’un visage de son ami de toujours. Et bien sur, l’assassin (il n’y a pas de féminin pour ce mot, et pourtant…) : comment et pourquoi une épouse apparemment sans histoires tue-t-elle son époux avant de le dissimuler dans le grenier et de participer aux recherches pour le retrouver ? Comment deux jeunes gens bien sous tous rapports tuent-ils leur camarade avant de dissoudre le corps dans l’acide ?

Avant l’acte fatal, ces gens-là ne sont pas des monstres. Il existe bien quelques tueurs en série mais eux aussi sont des êtres humains comme vous et moi : ils sont une part de l’humanité et c’est ce que je trouve passionnant. Chaque meurtre, chaque assassinat a une portée psychologique mais aussi sociale : les réactions face à un homicide sont riches de sens.

Élise Costa parle bien de la limite de ce que l’on peut supporter ; elle parle moins des retombées sociales (ce n’est pas son sujet), comme à Bruay-en-Artois par exemple. J’ai trouvé ma limite avec l’affaire d’Outreau que j’ai mis tout un mois à écrire et dont le traitement (judiciaire, médiatique, politique) me révolte encore. Car il est aussi question du fonctionnement de la justice, de ses jugements parfois incompréhensibles voire aberrants. Moins du traitement médiatique qui lui aussi peu s’avérer scandaleux.

Bien des psychologues se sont penchés sur notre intérêt (macabre, dit-on) pour les faits divers. Pour ma part, il tient à l’exploration profonde de l’être humain qu’il permet. Mais je ne travaille qu’à partir des travaux des autres, comme ceux d’Élise Costa qui elle a accès aux individus qui ont vécu le drame. Les propos qu’elle retranscrit avec bienveillance et empathie permettent de comprendre qu’elle obtient la confiance de ses interlocuteurs qui eux aussi cherchent la vérité.

Il y a la vérité de la victime, cachée dans les méandres du passé. La vérité de l’accusé, qui joue de circonvolutions dans la mémoire. Et la vérité judiciaire, qui émerge au procès. Mais parfois, ce qu’on retient de la vérité, c’est simplement la somme de tous les chagrins.

On pourrait conclure vulgairement qu’un chroniqueur judiciaire n’est pas un fouille merde. Il croise souvent la lie de l’humanité, mais nous en sommes, c’est un tout. Et si elle est faite de gens aussi humainement inintéressants que Nordahl Lelandais (le podcast que j’ai écrit sur cette affaire fut l’un des plus pénibles tant l’individu est… vide), les parents de sa petite victime, Maëlys, sont des êtres qui méritent notre attention. Sans voyeurisme. C’est pourquoi les textes d’Élise Costa sont précieux : ils offrent un autre regard, rempli d’humanité. Les gens ne sont pas des objets, des scoops, mais des possibles nous-mêmes.

Mais écrire, c’est toujours écrire qui l’on est. Un mot est un choix. Une tournure de phrase, un adjectif ou une métaphore en disent plus long sur vous que le sujet du papier. A mon sens, l’écriture est toujours subjective.

La vérité, et même les faits, passent par le prisme de celui ou celle qui les écrit. Subjectifs oui, et partiels. Nous autres spectateurs/lecteurs/auditeurs ne nous formons un avis qu’à partir de bribes d’histoires douloureuses, de lambeaux d’humanité livrés en pâture sur les écrans de nos vies connectées. Le sordide est partout. S’il nous sert à mieux appréhender l’humain, c’est un moindre mal.

Pour lire les article d’Elise Costa sur Slate et constater qu’en plus d’être chroniqueuse judiciaire, elle est aussi écrivain.

D’autres avis chez Book’ing et Aleslire.

 

Les nuits que l’on choisit

Elise Costa
Marchialy, 2023
ISBN : 978-2-38134-039-5 – 206 pages – 20 €

 

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24 réponses à « Les nuits que l’on choisit d’Elise Costa »

  1. keisha41
  2. luocine
  3. aifelle
  4. je lis je blogue
  5. thaisgil33

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