
Une lointaine lecture de Joyce Maynard m’avait laissé un goût de plaisir à renouveler. Puis de nombreuses chroniques souvent enthousiastes ont confirmé mon envie de relire cette romancière américaine.
Le livre s’ouvre par un prologue, une scène de mariage entre un des trois enfants d’Eleanore (la narratrice) et Cam, son ex-mari. Il y a donc eu mariage puis divorce. Le livre se compose de deux parties : le mariage puis le divorce. La première partie raconte aussi l’enfance et l’adolescence d’Eleanore, née de parents alcooliques qui s’aimaient tant qu’elle ne comptait pas pour eux. Ils meurent jeunes, elle part vivre dans la famille d’une amie qui fait semblant de l’apprécier. Son frère profite d’elle sexuellement. Elle subit sans rien dire.
Puis grâce à ses premiers gains d’écrivain pour enfants, elle achète très jeune une ferme pour elle et son chien dans le New Hampshire, en pleine campagne. Elle rencontre Cam, le beau mec avec sa chèvre, totalement détaché des contraintes matérielles. C’est le grand amour, le mariage, les enfants.
Joyce Maynard écrit très bien. L’adolescence d’Eleanore m’a plu grâce à cette maîtrise narrative qui nous la rend proche. Les choses se compliquent avec le mariage et les enfants. Eleanore est le genre de mère entièrement consacrée à ses enfants et à son mari qui ne fait ABSOLUMENT rien, ne gagne pas un radis avec sa production de saladiers en bois mais lui reproche de trop se concentrer sur l’argent. Elle fait vivre sa famille grâce à ses talent de dessinatrice, arrivant à caser des séries illustrées pour les enfants dans des magazines. Ils sont pauvres mais heureux dans la ferme du bonheur…
La description de cette vie de famille dans le registre mère-courage m’a rapidement lassée. Les émerveillements sur les enfants sont répétitifs et remplis de clichés. Sa position de femme qui encaisse tout m’a insupportée. Elle pique parfois des crises mais les impute à une génétique héritée de ses parents. Un drame arrive à l’un des enfants dont elle tient son mari pour responsable. Le couple se disloque et se sépare.
La partie consacrée à Eleanore divorcée est pire que l’autre. Elle décrit la descente aux enfers de cette mère injustement rejetée par ses enfants qui vivent avec leur père. Elle quitte sa ferme et la leur laisse, va plus loin encore dans le sacrifice mais reste mal aimée. Et elle bat sa coulpe encore et toujours : c’est sa faute si elle n’a pas pardonné à son mari même pas capable de surveiller leurs enfants, sa faute si ses enfants la délaissent, sa faute les rêves brisés. Cette litanie de la mère parfaite rejetée m’a vraiment lassée et je n’ai terminé ce roman que parce que je l’audiolisais.
Quand une lectrice divorcée mère de trois grands enfants écoute le récit de vie (même fictive) d’une femme divorcée mère de trois grands enfants, il faut je pense un minimum d’empathie voire d’identification pour que l’intérêt soit au rendez-vous. Or, si je partage son point de vue désillusionné sur l’ingratitude des enfants qui grandissent, tout le reste m’a globalement insupportée. La vie de famille d’Eleanore, semblable à toute les vies de familles, m’a lassée dans ses répétitions et je n’adhère pas à l’idée centrale du pardon et du sacrifice de l’épouse et de la mère. Le dernier chapitre en la matière est la cerise sur le gâteau… Bref, j’ai raté mon second rendez-vous avec Joyce Maynard.
Joyce Maynard sur Tête de lecture
Où vivaient les gens heureux
Joyce Maynard traduite de l’anglais (américain) par Florence Lévy-Paolini
Philippe Rey, 2021
ISBN : 978-2-84876-888-5 – 560 pages – 24 €
Count the Ways, parution originale : 2021
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